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Full text of "Mémoire sur la complication des plaies et des ulcères, connue sous le nom de pourriture d'hôpital"

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MÉMOIRE 


SUR LA COMPLICATION 

iÎeS plaies et des UtCÈRES 

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■CONNU» SOUS LE NOI^DE 


POURRITURE D’HÔPIÉAL. " 



MÉMOIRE 

V 

SUR LA. COMPLICATION 

DES PLAIES ET DES ULCÈRES, 


CONNUE SOUS LE NOM DE 

POURRITURE D’HÔPITAL; 


PAR ,T. DELPECH, 

Professeur de Chirurgie •tliiiique à la Faculté de Médecine de 
Montpellier , Chirurgien en chef de PhApital Saint-Eloi de la 
même ville, Membre de la Légion d’honneur, Honoraire et 
Correspondant de plusieurs Sociétés savantes. 


SUIVI 

Du Rapport fait k la première classe de l’Institut royal 
de France, par MM. Portal et Deschamps , le 3i 



A PARIS, 

Chez Méqtjignon - Marvis , Libraire pour la partie de 
Medeeine , rue de l’École de Médecine , n“ j) , vis-à-vis 
celle HautefeuiUe. 









AVANT-PROPOS. 


La plus fâcheuse de toutes les complica- 
tions accidentelles des solutions de continuité 
des parties molles, la pourriture dliôpital , 
a jusqu’à présent peu fixé l’attention des 
observateurs exacts. Quiconque aura étudié 
cette terrible affection dans les tableaux cpie 
la nature présente, et voudra comparer ces 
images vivantes avec les descriptions qui en 
ont été publiées dans les traités généraux, 
et meme dans quelques monographies , sera 
frappé de la différence étonnante de ces 
objets de comparaison, qui devraient cepen- 
dant être calqués l’un sur l’autre. Nous avions 
reconnu cette défectuosité de la science dès 
les années vu, vin et ix (ère rép.j, épo- 
que à laquelle l’hôpital militaire de Tou- 
louse, où nous étions employé, lut désolé 
par cette funeste maladie. Les plus grands 
efforts furent faits inutilement : tant qu’on 
ne s’écarta point des idées reçues, on ne put 
obtenir aucun résultat avantageux. Secondé 
par les talens et le jugement exquis de l’uu 


a 


A.VANT-PROPOS. 


'J 

fie nos plus estimables condisciples C i J , nous 
fîmes des reclierclies nombreuses, et surtout 
des observations exactes. Le résultat de ce 
travail fut que Pouteau était le seul écrivain 
qui eut fondé scs opinions sur les révélations 
de la nature, et par conséquent qu’il était b; 
seul aussi qui eût eu des vues thérapeutiques 
utiles : la suite nous a prouvé qu’il n’a man- 
qué à ce praticien attentif que l’occasion 
d’observer la maladie sous des Ibriues plus 
variées , pour porter tout à coup ce point 
de doctrine au degré de perfection dont il 
est susceptible. Un an d’observations dans 
l’hôpital de Toulouse nous fit connaître 
l’étendue des dangers attachés à la pourriture 
d’hôpital, et l’importance des études à hiire 
sur cette maladie ; les deux années suivant\;s 


(i) Nous saisissons avec le plus grand ciupresscment la 
première occasion que les circonstances nous aient olTerle, 
de témoigner publiquement îi notre ami le docteur Saint- 
André , médecin à Toulouse, la reconnaissance dont nous 
sommes pénétré pour les services imporlaus que nous 
devons à la maturité de son esprit. Nous aimons !i pub ier 
que la première idée du travail qui fait le sujet de ce mé- 
moire appartient ii ce médecin recommandable, qui vient 
de se faire connaître par une cxcellciUc- topographie du 
département de la Ifautc-Garonr.e. 


avant-pt\opos. 


nous servirent à confirmer par tonte l’auto- 
rité de l’expérience les opinions que l’étude 
des faits et l’observation la plus attentive 
noiTs avalent fait embrasser. 

Six ans de nouveaux travaux dans les hôpi- 
taux de la capitale et sous les yeux des plus 
célèbres praticiens , ne purent rien retrancher 
des principes que l’observation de la nature 
nous avait dictés; nous en rapportâmes, au 
contraire, une conviction plus complète, et 
nous y pénétrâmes la raison des dissidences 
et des erreurs dans lesquelles les écrivains 
les ])lus récens sont tombés à cet égard. 

Telles étaient nos dispositions, lorsque, 
venant enseigner la chirurgie clinique dans 
la Faculté de médecine de Montpellier, nous 
n’y fûmes pas long-temps sans avoir à par- 
tager le fardeau des calamités qui ont pesé 
sur tous les Français pendant l’agonie d’un 
gouvernement despotique. La guerre cruelle 
qui a étendu ses ravages sur le sol de notre 
belle patrie, ne tarda pas à nous fournir un 
nombre prodigieux de blessés. La retraite 
désastreuse de l’Espagne, les invasions du 
midi et de l’est , l’épouvantable fuite de 
Moscow, et les batailles meurtrières qui ont 


IV 


AVANT-PROPOS. 

eu lieu depuis la Saxe et la Silésie juscpi’aiix 
])ortes de la ca])itale , ont lait refluer un 
nombre prodigieux de malades et de blessés 
jusque dans le midi de la France, et notam- 
ment à Montpellier. 

La plupart de ces braves et malheureuses 
victimes de 1 ambition la plus criminelle arri- 
vaient dans le découragement. Depuis long- 
temps la nature et la fortune trahissaient 
tous les efforts de leur valeur; depuis long- 
temps ils n’affrontaient les combats qu’avec 
la cerlitudo d’étre vaincus. Livrés avec l’im- 
prévoyance la plus coupable à toutes les 
horreurs de la faim, à toutes les rigueurs- 
d’un climat effroyable; excédés de travaux 
et de marches , et ramenés sans cesse au 
combat , sans aucun égard aux saisons ; craints 
et repoussés par leurs propres compatriotes , 
qu’ils ne pouvaient se dispenser de ruiner 
pour vivre ; sacrifiés en masse à la sûreté 
d’un chef ; n’ayant échappé que miraculeu- 
sement aux dangers les plus inouis , et cepen- 
dant toujours fidèles au chemin de l’honneur, 
leur courage avait enfin succombé comme 
leurs forces physiques : l’àrnc des plus an- 
ciens, des plus intrépides soldats était brisée. 


AVANT-PROPOS. 


V 


Le désespoir se peignait dans les discours et 
dans les actions de ceux que des ordres in- 
sensés avaient arrachés la veille (lu sein ma- 
ternel ou du milieu d’une famille desolee. 
Ceux-ci , lout-à-fait impropres aux travaux 
et aux fil ligues de la guerre, inhabiles à se 
mesurer froidement avec un ennemi valeu- 
reux et supérieur en nombre , n’avaient fait 
qu’un pas du toit paternel au lit de douleur 5 
le sort de jilusieurs d’entre eux étoit meme 
aggravé par des infirmités , qui n’avaient pu 
toucher les trop complaisans ministres d’un 
chef inhumain. 

Un tel ensemble de causes débilitantes , 
toutes des plus efficaces, était bien propre 
à donner aux humeurs un caractère septique, 
dont les dangereux effets ne pouvaient pas 
tarder à se manifester. Aussi les fièvres ner- 
veuses devinrent-elles très-communes, et en 
peu de temps les hôpitaux du midi se trou- 
vèrent encombrés comme ceux des places sur 
le Rhin, et des pays situés entre ce fleuve et 
‘la capitale. Les émanations septiques dont 
l’atmosphère des hôpitaux se trouva bientôt 
surchargée, ne larda pas à donner aux mala- 
dies qu’on y observait la forme du typhus 


AVANT-PROPOS. 


■ 

nosocomial, tel qu’il a régné au nord et à 
l’est de la France; alors aussi on vit paraître 
et régner épidémiquernent la pourriture 
d’hôpital, f{ui s’emparait indistinctement de 
toutes les blessures. Les premiers exemples 
de cette funeste affection nous furent apportés 
pardes blessésdcl’armée de Portugal et de celle 
du nord de l’Espagne réunies , peu de temps 
avant l’invasion de la frontière occidentale. 
Il nous fut aisé de prévoir dès lors que des 
fièvres de mauvais caractère régneraient dans 
les armées françaises du midi, et que la 
pourriture d’hôpital y ferait de grands ra- 
vages. L’occasion d’observer cette dernière 
maladie sous les formes les plus variées 
allait être des plus favorables. Un certain 
nombre de jeunes médecins instruits nous 
entourait. Les uns avaient fui la capitale et 
les malheurs dont on la croyait menacée ; les 
autres étaient conduits par humanité dans 
l’asile hospitalier où nous attendions tant de 
malheureux, ou bien cherchaient à s’étourdir 
comme nous sur les malheurs de la patrie , 
en se livrant à une étude périlleuse. Ainsi 
nous détournions d’avance nos regards du 
déluge de maux que nous nous ' croyions 


AVAiNT-PROPOS. 


VIJ 

condamnés à partager, pour nous consoler 
dans 1 éludé attentive des grands phénomènes 
que la nature allait étaler sous nos yeux. 
Nous nous partageâmes les rôles. Des obser- 
vateurs nombreux furent attachés à chaque 
objet d’observation j des personnes éclairées 
furent mises à leur tête pour diriger leurs 
travaux et en surveiller l’exactitude ; les évé- 
nemens furent notés ; des conférences fré- 
quentes eurent lieu : on y discutait les phé- 
nomènes observés , on y rectifiait les erreurs, 
on y agitait les questions les plus impor- 
tantes, on y arrêtait les conséquences de 
l’observation. C’est le fruit de ce travail, 
dans lequel nous devons beaucoup aux colla- 
borateurs qu’un hasard heureux nous a don- 
nés (ij, et qui n’ont été arrêtés par aucun 
dégoût, par aucun danger ( 2 J; c’est le fruit 


(1) ' Nous nous plaisons à citer parmi eux les docteurs 
Bérard , de Paris j Peschier , de Genève j Sabatier, de 
Pézenasj Corbin, G allé , Roque, Encontre, Massot, de 
Montpellier. 

(2) Nous devons de grands éloges aux étudians en méde- 
cine qui suivaient alors les exercices et les leçons de cli- 
nique chirurgicale, et qui nous ont aidé dans le travail de 
l’observation ; ils ont tous montré le plus grand dévoue- 


AVANT-PROPOS. 


Vil] 

de ce travail, dis-je, que nous publions eu 
ce moment. 


ment et une intrépidité digne du véritable médecin. Quel- 
ques-uns ont payé de leur santé, et même de leur vie, le 
zèle que l’humanité et le goût de la science leur’ ont inspiré. 


MÉMOIRE 

SUR LA. COMPLICATION 

DES PLAIES ET DES ULCÈRES, 

CONNUE SOUS LE NOM DE 

POURRITURE D’HÔPITAL. 


S I". ; 

O» a mal à propos rangé parmi les espèces connues 
de gangrène la maladie qui va faire le sujet de ce 
mémoire : ces deux affections ne présentent pas 
d’autre analogie que celle de la perte de substance 
que l’une et l’autre déterminent j elles présentent 
d’ailleurs de grandes différences. Comme nous le 
verrons plus loin , la pourriture d’hôpital dépend 
constamment de causes extérieures, et dont la ma- 
nière d’agir est toujours la même, quelque diffé- 
rentes que ces causes soient d’ailleurs en elles- 
mêmes J la gangrène , au contraire , dépend tour 
à tour de causes inhérentes à la constitution, ou 
de causes étrangères à l’organisme de l’individu 
malade J et ces causes, toujours différentes entre 
elles, ont une manière d’agir très-diverse , et quel- 
quefois même entièrement opposée. Il arrive sou- 
vent que les progrès de la gangrène sont suspendus 


J 


a 


POUnRITL'IlC 


par les seuls efforts de la nature; il est rare, au 
contraire, que la pourriture d’hôpital s’arrête spon- 
tanément. 11 est peu d’especes de gangrène dont 
l’art ait le pouvoir de borner les progrès; l’art est 
tout puissant, au contraire, quand il s’agit de la 
pourriture d’hôpital, a moins que la maladie naît 
déjà fait une telle dévastation dans un membre, 
que ce désordre lui-même soit mortel, ou que sa 
longue durée n’ait tellement salure les humeurs 

de matière putrescente, que. réliminaiion de cette 

dernière soit au-dessus des forces de la nature , 
après l’extinction du foyer. Dans la gangrène, on 
observe d’abord la destruction des propriétés 
vitales ; la texture physique des organes mortifiés 
subsiste encore , et l’empire des lois physiques et 
chimiques s’y établit; plus tard, la décomposition 
putride survient , et détruit alors seulement le 
cadavre des parties qui ont cessé de vivre ; enfin , 
si la maladie doit avoir une issue favorable, un 
cercle véritablement phlegmoneux trace une ligne 
distincte entre les parties mortes et celles qui ont 
conservé tous leurs droits a la vie , et annonce le 
travail par lequel la nature va repousser le contact 
des organes putrescens, et réparer lés désordres 
produits par la gangrène. Les phénomènes pro- 
cèdent dans un ordre bien different dans la pour- 


riture d’hôpitab La perte de substance çst le pre- 
mier de tous ceux qiii l’annoncent ; lés parties qm 
ont été Infectées ont cessé d’exister , et ont déjà 
disparu aussitôt que l’oa a pu soupçonner la nature 


3 


d’hüpital. 

de raccident ; les parties qui vonl être infectées à 
leur tour joitissenl encore de toutes leurs propriétés 
vitales: ces dernières y paraissent même exaltées 
sous quelques rapports; car, sans qu’on puisse 
dire qu’il existe une véritable Inflammation , la 
sensibilité est beaucoup plus exquise , et il y a des 
douleurs quelquefois insupportables. La maladie 
venant tà cesser, il n’y a point d’escarres à déta- 
cher ; il ne survient pas de travail inflammatoire 
remarquable ; celui même que la nature reprend , 
et qui a pour objet la cicatrisation de la plaie, est 
faible, languissant, aussi long-temps que le malade 
est à reprendre ses forces , et à se débarrasser de 
l’espèce de poison dont la constitution paraît avoir 
été saturée. 

C’est pour avoir négligé d’analyser comparative- 
ment et d’une manière assez exacte les symptômes 
respectifs de la gangrène et de la pourriture d’hô- 
pital , que ces deux" maladies ont été confondues 
par les praticiens et par les écrivains ; c’est aussi 
faute de les avoir distinguées convenablement entre 
elles, que l’on a mal observé la dernière, et que 
l’on a dit d’elle une foule de choses qui ne sont 
•applicables qu’à la gangrène proprement dite. Il 
est de la dernière évidence, par exemple, que les 
principes thérapeutiques ne devaient avoir aucune 
solidité , lorsqu’on n’avait pas tracé nettement le 
cercle dans lequel leur application devait être cir- 
conscrite. 

11 y a plus, et nous en faisons ici la remarque 


I. 


POCURITURE 


4 

par aiuicipatlon , une foule d’alterations passa- 
^jères des plaies et des ulcères, qui n’ont aucun 
rapport ni avec la gangrène, ni avec la pourriture 
d’hôpilal, ont été confondues avec cette dernière: 
de-là un grand nombre d’opinions erronées , de 
descriptions fantastiques, de préceptes sans appli- 
cations, etc. Nous aurons soin, dans le cours de 
ce mémoire, de signaler ces erreurs, et d’indiquer, 
autant qu’il est possible, le moyen de les éviter. 

§ II. 

La pourriture d’hôpital peut se présenter sous 
trois formes principales et bien distinctes , que 
nous décrirons séparément. Quelle que soit la forme 
particulière qu’elle a revêtue d’abord , il est un 
point de sa durée où sa marche est identique , ou 
ses nuances viennent pour ainsi dire se confondre, 
et nous décrirons en particulier cette période com- 
mune. 

§ III. 

La première forme primitive de la pourriture 
d’hôpital, à laquelle nous avons donné le nom 
iX espèce ulcéreuse, s’annonce ordinairement par 
une douleur d’abord légère, qui devient rapide- 
ment plus intense, et qui affecte un ou plusieurs 
points de la surface d’une plaie, d’ailleurs bien 
conditionnée, et qui, jusque-la, avait présenté tous 
les phénomènes du travail de la cicatrisation. Pres- 
que tout aussitôt on s’aperçoit, dans le point dou- 
■m ■■ 


5 


d’hôpital. 

lonreux, d’une légère excavation , d’une sorte d’al- 
véole plus ou moins profonde, toujours peu éten- 
due dans le principe, ordinairement circulaire, 
régulièrement circonscrite par des bords aigus et 
relevés , dont la couleur est plus foncée que celle 
du reste de la surface suppurante , et dont les 
bords, surtout , ont une teinte manifestement vina- 
cée. Le fond de celte petite excavation est occupé 
par un ichor brunâtre et tenace j et, après avoir 
abstergé cette humeur, on peut s’assurer facile- 
ment que l’excavation elle-même n’est autre chose 
qu’un point d’ulcération spontanée qui vient de se 
développer sur la surface suppurante , et qui 
marque le premier pas de la désorganisation , ou 
plutôt de la perte de substance qu’une nouvelle 
alTection va produire. Il faut une loupe pour étu- 
dier, à cette époque , la forme particulière des 
bourgeons charnus qui recouvrent l’ulcéraiion j 
mais bientôt les progrès de la maladie rendront 
celte partie de l’observation bien plus facile et plus 
commode. 

Ce premier point d’ulcération, lorsqu’il est 
unique, s’étend en surface par l’éloignement pro- 
gressif et plus ou moins rapide de ses bords , de 
maniéré à gagner peu à peu la totalité de la plaie. 
Il s’étend aussi en profondeur, et détruit de la 
sorte les parties sur lesquelles il s’est établi, sans 
autre résidu que la matière ichoreuse qui le re- 
couvre. Lorsque plusieurs points d’ulcération se 
sont déclarés en même temps, ils se rapprochent, 


G 


POURRITURE 


Cl finissent par sc confondre, à la faveur de leurs 
progrès et de, l’éloignement de leurs bords respec- 
tifs. La maladie marche toujours plus rapidement 
après la réunion de plusieurs ulcérations, qu’elle 
ne le faisait tant qu’elles existaient isolément j mais, 
dans tous les cas, sa marche est très-variable. 

11 est évident que , dans le cas, que nous venons 
de décrire , celui où elle débute par un ou plusieurs 
points d’ulcération distincts , la maladie reste pen- 
dant quelque temps bornée à quelques points de 
l’étendue de la surface suppurante. Tandis que la 
pourriture d’hôpital se déclare ainsi dans un espace 
limité, le reste de la plaie conserve les plus heu- 
reuses dispositions : la suppuration y garde ses 
caractères légitimes j la couleur et l’aspect des 
chairs sont satisfaisans ; la douleur est bornée aux 
points affectés, et le reste ne présente même pas 
de sensibilité extraordinaire. Il arrive même com- 
munément que les l^ords de la plaie primitive ne se 
boursoufllent pas, restent minces, couverts de la 
pellicule blanchâtre qui présage une cicatrisation 
progressive, et que ce -travail médicatif de la na- 
ture continue en effet jusqu’au moment où les 
progrès de l’ulcération qui. caractérise la pourriture 
d’hôpital , gagnent les bords où cette fonction s’ac- 
complissait. Nous avons fait des observations de ce 
genre sur un grand, .nombre de plaies lort_ éten- 
dues, où la pourriture,. d’hôpi.lid fuisait.iks progrès 
très-lents , ou bien dans lesquelles les progrès de 
cette même complication avaient été suspendus 


d’hôpital. 7 

ou ralentis par des procédés incapables de l'arrêter 
totalement ou de la faire disparaître. Dans ces 
occasions, il nous est arrive souvent de voir une 
partie de la cicatrice s’accomplir d’un côté, tandis 
que d’un autre la pourriture d’hôpital faisait des 
ravages. Nous avons vu cette dernière détruire , le 
lendemain , un point dç cicatrisation qui s’était ter- 
miné la veille. , t- . 

IMals il est d’autres cas dans lesquels la pour- 
riture d’hôpital ulcéreuse paraît entreprendre d’em- 
blée la totalité d’une surface suppurante plus ou 
moins étendue. Dans ces cas, la douleur se fait 
sentir dans la totalité de la plaie, ou de l’ulcère j la 
suppuration est diminuée et change de nature j 
elle dévient ichoreuse, brune, tenace '.et sangui- 
nolente, ou plutôt mêlée de quelques stries de sang j 
elle exhale en même temps une odeur fétide parti- 
culière, et qui ne peut;être décrite j la plaie s’étend 
plus ou moins rapidement. eX' dans tous les sens > 
- son fond est d’une teinté' violacée. Cette couleur 
se répand ensuite sur les 'bords, et jusqu’à une 
certaine distance. Si l’on- examine attentivement 
les bourgeons charnus, on s’aperçoit qu’ils ont 
changé de forme. Au lieu de la disposition hémi- 
splîcriquQ que chacun d’eux présentolt, ils sont 
devenus coniques, beaucoup plus menus; et le som- 
met de chacun d’entre eux est marqué d’une teinte 
sanglante , que l’on croirait formée par autant do 
gouttelettes de sang coagulé. Cependant, si l’on 
essuie la Surface de la plaie, on ne peut faire 


8 


rOtlBRITURE 


disparaître ces lâches. Il est bien plus. probable 
qu’elles sont formées par autant d’ecchymoses , qui 
résident sous la pellicule superficielle dont toutes 
les ulcérations sont recouvertes. Ces mêmes carac- 
tères des bourgeons charnus peuvent être reconnus 
dans les ulcérations isolées , par lesquelles peut 
débuter la pourriture d’hôpital ulcéreuse j et que 
nous avons décrite ci-dessus. 

§ IV. 

La seconde forme primitive de la pourriture 
d’hôpital, à laquelle nous avons donné le nom 
de pulpeuse y est la seule qui ait été signalée et 
décrite par les observateurs. Elle peut , comme 
la précédente , affecter d’emblée la totalité d’une 
surface suppurante, ou se renfermer d’abord dans 
un- ou plusieurs points isolés; mais, dans ce der- 
nier cas, elle s’étend secondairement, et avec plus 
ou moins de rapidité , à tout le reste de la plaie. 
La douleur qui la précède est accompagnée d’un ' 
changement dans la couleur des bourgeons charnus ; 
ils prennent et gardent pendant un ou deux jours 
une teinte légèrement violette. Bientôt un voiledemi- 
transparent les recouvre et les dérobe incomplète- 
ment à la vue: cette couche blanchâtre, que l’on serait 
tenté de prendre pour la matière purulente, ne se 
laisse pas enlever par des frottemens réitérés. Si l’on 
parvient par ces manœuvres à la séparer dans quel- 
ques points , on voit alors qu’elle forme là des lam- 
beaux flotlan.s, dont on peut profiler pour dépouiller 


s 


d’hôpital. 9 

le reste de la plaie. Celte couche est formée par une 
pseudo - membrane mince , demi - transparente , 
adhérente aux bourgeons charnus, suivant tous 
les contours anfractueux de la surface de la plaie , 
plus ou moins consistante, tantôt se déchirant au 
moindre elFort, tantôt asseZ' ferme pour se laisser 
séparer avec quelque facilité. Au-dessous , on re- 
trouve les bourgeons charnus avec les mêmes formes 
qu’ils avoient auparavant, et qui sont ensanglantés 
par la séparation de la-fausse membrane. Tant que 
la plaie reste recouverte par ce nouvel organe, 
elle ne fournit presque pas de suintement; elle est 
douloureuse, mais le contact n’y cause que peu 
de sensibilité. 

La fausse membrane acquiert plus d’épaisseur ; 
elle se conforme moins exactement aux dispositions 
physiques de la plaiè , et ne permet plus de distin- 
guer la forme et la couleur des bourgeons charnus. 
A cette époque, qui correspond au dixième ou 
douzième jour, et quelquefois beaucoup plus tard, 
la plaie devient plus douloureuse ; ses bords , ou 
le contour de l’espace que la pourriture occupe , 
deviennent bruns et légèrement pâteux ; la surface 
blanchâtre du point affecté devient opaque, grise 
et pulpeuse : on dirait que la fausse membrane , 
ayant acquis une très-grande épaisseur, se ruine, se 
fond, en passant à l’état de putrilage. On ne peut 
mieux comparer ce premier degré de décomposi- 
tion qu’à l’état dans lequel on trouve les tubercules 
scrophulçux lorsque leur fonte commence , sauf la 


■4 


10 


pounniTUiiE 


couleur , qui est plus grisâtre dans le cas de pour- 
riture d’hôpitul. Alors les suintemens de la j)laie 
reparaissent : ils sont fournis par la masse pulpeuse 
qui la recouvre j ils sont -bien éloignés du caractère 
du pus , mais seulement ichoreux , fétides , et 
exhalant l’odeur particulière et propre à la riia- 
ladie (i). 

L’affection locale s’accroît, quoiqu’elle paraisse 
stationnaire. Par l’affaissement que l’on peut obtenir 
dans cette masse pulpeuse en la comprimant, on 
peut juger de son épaisseur j et cette expérience 
démontre qu’elle s’étend chaque jour plus profon- 
dément. Tandis qu’elle s’accroît ainsi dans le sens 
de l’épaisseur , cette masse se détruit dans sa su- 
perficie : elle y devient tous les jours plus molle , 
jaunâtre, puriforme; elle fournit des humidités 
plus abondantes , qui pénètrent promjitement l’ap- 
pareil, et d’une fétidité insupportable; mais elle 
ne se sépare point: elle ne cesse de tenir fortement 
aux parties sous-jacentes qu’elle cache entièrement. 
En considérant de près cette matière , on y dis- 
tingue des stries sanguines qui paralss. nt cac hées 
dans son épaisseur, et qu’on n’a]<erçoit qu’a la 


(i) Il nous est impossible de faire contiaître les sensations 
de l’organe de l’odorat par celle cspècè d arôme ; aucune 
comparaison ne peut 'même servfr à donner une idée de 
l’odeor spécifique delà pourriture <1 liôpit:d . c’est un carac- 
tère de la maladie qu’il faut absolument etudicr par i ob- 
servation. 


d’jiopital. 1 I 

faveur de la demi-transparence que sa superficie a 
contractée. L’aspect de la masse pulpeuse donne 
ridée d’un pus épais que l’on est tenté d’enlever ; 
mais les efforts que l’on fait dans cette intention 
n’ont d’autre effet que de la déplacer légèrement , 
sans que l’on puisse mettre à découvert les parties 
qu’elle cache. 

§ V. 

La troisième forme primitive de la pourriture 
d’hôpital parait n’êlre qu’une variété de la précé- 
dente. On y voit tous les phénomènes de la forma- 
tion de la fausse membrane, et de celle de la masse 
pulpeuse qui la remplace j mais les points affectés 
sont pénétrés de sang et comme ecchymoses. La 
chose étant considérée de très-près , il semble que 
les parties sous-jacentes aient fourni du sang , qui 
aurait pénétré la couche pulpeuse qui les recouvre.il 
est d’autant plus important de connaître cette forme, 
sous laquelle la pourriture d’hôpital peut se mon- 
trer, qu’au premier aspect l’état des parties présente * 
les apparences d’une hémorragie qui aurait été sus- 
pendue par une masse de caillots sanguins, engagés 
dans le tissu cellulaire. Comme sous cette forme 
la pourriture peut procéder par plusieurs points 
isolés sur une même surface suppurante^ on voit 
dans ce cas plusieurs points ecchymosés , flocon- 
neux , nettement circonscrits , s’étendant successi- 
vement, se confondant entre eux à la faveur de 
leurs progrès journaliers, gagnant ainsi toute la 


POURRlTUnE 


I\K>. 

surface de la plaie, ei présentant ensuite d’une 
manière plus évidente tous les phénomènes de la 
pourriture d’hôpital. Dans ce dernier cas, les points 
de la plaie qui ne sont pas encore envahis pré- 
sentent un aspect remarquable : les bourgeons 
charnus y sont d’un rouge plus foncé; ils saignent 
facilement, et le pus qu’ils fournissent est h ibi- 
tuellement mêlé à une certaine proportion de 
sang. La douleur qui accompagne le développe- 
ment de la pourriture n’est pas bornée , dans ce 
cas, aux points affectés seulement : la totalité de 
la plaie paraît dans un état d’irritation considé- 
dérable. Enfin, l’infection paraît faire alors des 
progrès beaucoup plus rapides et plus profonds 
que dans toute autre circonstance. Nous avons vu, 
par exemple, en pareil cas, le miiscle grand-fessier 
totalement détruit en peu de jours ; un pied , une 
main , entièrement décharnés avec une rapidité 
effrayante. 

§.VI. . 

Il existe peut-être une quatrième forme de 
pourriture d’hôpital , ou plutôt un état morbi- 
fique bien moins important des surfaces suppu- 
rantes , dépendant des mêmes causes. Depuis 
que l’épidéinie que nous avons observée s est 
ralentie et a presque disparu', la majeure partie 
des plaies ést devenue stationnaire , après avoir 
marché régulièrement pendant quelque temps. 
TiCS surfaces suppurantes sont pâles, boursoiilllées, 


d’hôpitai.. 1.> 

dures, presque sèches, euiourées de bords rouges 
dans une très-petile étendue ; les cicatrices déjà 
terminées sont déchirées en partie , et les ulcé- 
rations qui en ont pris la place sont plus sen- 
süjlement enflammées que le reste. Ces plaies 
sont encore exposées aux mêmes influences qui 
les ont infectées précédemment j mais ces der- 
nières ont aujourd’hui beaucoup moins d’activité. 
Cet état n’est point inflammatoire ; il n’en porte 
pas les caractères , et le traitement général et 
local a dissipé tous les doutes à cet égard. Il 
a été démontré également que l’état des voies 
digestives n’avait aucune part à cette suspension 
du travail de la nature. Mais le passage soudain 
de quelques-unes de ces plaies de cet état équi- 
voque à celui plus évident de pourriture , et 
surtout la nature des moyens qui nous ont réussi, 
nous portent à penser que c’est une nuance lé- 
gère de la même affection , produite par des causes 
de la même espèce, mais beaucoup moins éner- 
giques. i 

§ VII. 

A moins de complication évidente, nous n’avons 
jamais observé que consécutivement les symp- 
tômes d’une affection générale marchant de concert 
avec la pourriture d’hôpital ; et c’est ici que toute 
différence disparaît , et que les espèces se con- 
fondent par une remarquable uniformité de phé- 
nomènes, bien propre à démontrer l’identité du 


P0ÜHR1TÜRE 


i4 

principe. Aussi sommes -nous convaincu que ïa 
distinction des nuances et les descriptions exactes 
qui peuvent en résulter, n’ont d’autre intérêt que 
celui de la certitude nécessaire dans la formation 
du diagnostic. 

L’époque à laquelle les phénomènes de la réac- 
tion générale se manifestent , est extrêmement 
variable : tantôt ils s’annoncent dès le cinquième 
ou le sixième jour. Ceci est assez rare , et n’a 
guère été observé que dans les cas de pourri- 
ture pulpeuse compliquée d’ecchymose, ou dans 
ceux où une grande surface a été saisie, dans sa 
totalité , de pourriture ulcéreuse. Nous avons vu 
un énorme bubon vénérien gangreneux , que la 
chute des escarres convertit en une. très-grande 
plaie , où les symptômes généraux de l’alTectloa 
contagieuse se déclarèrent dès le sixième jour de 
rinfeclion évidente de la plaie par la pourriture 
d’hôpital ulcéreuse J qui s’était manifestée à la 
fois sur tons les points de cette vaste surface. Il 
est bien plus commun que l’affection générale 
éclate du douzième au quinzième jour. Nous avons 
cependant observé quelques faits peu nombreux , 
où les phénomènes généraux ne se sont mani- 
festés que très -tard: un prisonnier de guerre 
anglais nous en a présenté un exemple qui nous 
a paru assez curieux* pour être observé avec le 
plus grand soin. Une plaie avec perte de subs- 
tance avait été faite par le boulet à la face ex- 
terne de la cuisse J elle avait trois pouces et demi 


d’uôpita.l. i;> 

(Je longueur , sur deux pouces de largeur ; la 
pourriture pulpeuse se déclara à la partie supc- 
ricure de la surface suppurante ; la marche de 
cette complication fut assez lente pour nous donner 
la commodité d’enlever plusieurs fois la fausse 
membrane, et de la voir se reproduire autant de fols. 
Sous ce premier rapport, le malade était déjà l’objet 
d’une attention particulière. La masse pulpeuse 
se développa, s’accrut très-lentement , et nfe parut 
pas gêner le travail de la cicatrisation , qui con- 
tinuait vers la partie inférieure de la plaie. Assuré 
comme nous l’étions d’arrêter à volonté les progrès 
de la pourriture ; considérant qu’elle ne pouvait 
compromettre aucun organe très-important j que 
la lenteur de sa marche la rendait d’ailleurs peu 
redoutable , nous résolûmes d’attendre le déve- 
loppement de l’alTectlon générale, et d’en faire 
jusque-là un objet d’étude. Les accidens n’écla- 
tèrent que le trente-cinquième jour. Jusqu’à cette 
époque , le malade conserva le bon état de sa 
santé et le plus libre exercice de toutes ses fonc- 
tions ; à peine son sommeil fut-il troublé, par in- 
tervalles , par les douleurs qui accompagnaient 
les progrès de l’affection locale. 

Les fonctions s’altèrent ordinairement avant 
que la fièvre ne se déclare : les douleurs sont 
d’abord, assez légères pour ne se faire sentir que 
dans le jour ; bientôt elles se prolongent dans la 
nuit et troublent le sommeil ; l’appétit diminue 
et se perd peu à peu en même temps la langue 


POUr.TUTURE 


devient pâle et blanche , et quelquefois muqueusej 
lorsqu’il n’y a point de complication la surface 
de cet organe présente rarement autre chose que 
de la pâleur, peu d’humidité et un refroidissement 
sensible. La région épigastrique devient doulou- 
reuse , surtout lorsqu’on la presse j la face devient 
pâle , l’œil moins animé j un air de tristesse et de 
malheur remarquable , forme l’expression de la 
figure J le corps maigrit rapidement sans qu’au- 
cune évacuation surabondante donne l’explication 
de ce phénomène ; les évacuations sont au con- 
traire rares , ou même supprimées , surtout celles 
du ventre ; jusqu’à ce que la fièvre s’allume , le 
pouls reste petit et faible, et la température du 
corps est manifestement plus basse que dans l’élat 
naturel. 

La fièvre se déclare enfin. Il est très-rare que 
son début soit marqué par un frisson , et lorsque 
ce phénomène a lieu , il est presque toujours le 
symptôme de quelque complication étrangère à 
la maladie principale. Le pouls devient fréquent, 
précipité, mais il reste petit et faible; la tempé- 
rature s’élève médiocrement ; la peau reste sèche 
et devient pâle; il survient une légère céphalalgie; 
la soif devient intense , quoique la langue ne soit 
pas desséchée ; la pâleur et la tristesse de la face 
deviennent chaque jour plus remarquables ;1 œil 
perd totalement son expression. Les progrès et 
l’intensité de la fièvre ne peuvent être apprécies 
que par l’accélération du pouls et l’élévation do 


d’hôpital. 1 7 

la température : la fièvre est continente avec une 
exacerk^tion quotidienne très-peu marquée, qui 
survient ordinairement vers le soir. En général 
l’importance de la maladie et le danger qui l’ac- 
compagne peuvent être estimés avec assez de pré- 
cision , par la précipitation du pouls , l’altération 
de la face , et la tristesse des yeux. Le malade 
tombe dans un assoupissement paisible et con- 
tinuel; les yeux sont habituellement fermés, ou 
à moitié cachés par la paupière supérieure. Il est 
extrêmement rare qu’il survienne du délire , ni 
le moindre trouble dans les idées : le malade 
conserve la conscience de son état, mais il n’en 
paraît pas effrayé lorsque le danger est le plus 
grand; il paraît ne former d’autre désir que celui 
de conserver la tranquillité apparente dont il 
jouit. L’affaissement devient extrême; le malade 
est couché sur le dos et presque immobile , ne 
prenant aucune part à ce qui se passe autour de 
lui. Les muscles deviennent extrêmement mous 
et privés de toute contraction. Le pouls devient 
extrêmement fréquent , très-petit , mais il reste 
régulier. Le ventre se ballonne quelquefois; mais 
le plus souvent il demeure affaissé. Il survient 
rarement de la diarrhée : le plus ordinairement 
les évacuations sont supprimées , et les urines 
rares et crues. JEnfin, les forces s’épuisent len- 
tement , et la mort du malade est une sorte d’ex- 
tinction. 


a 


i8 


POURRITURE 


§ VIII. 


Les symptômes généraux ne deviennent aussi 
graves qu’autant que raffectloii locale a fait de 
grands progrès : elle présente alors des phéno- 
mènes très-impoiTans à connaître, et dignes de 
toute Tatlention du praticien. La solution de con- 
tinuité s’est prodigieusement étendue , tantôt sous 
la forme d’ulcère à bords irréguliers et plats, à 


surface inégale, rouge, et recouverte d’une sup- 
puration tenace, grisâtre, sanguinolente et fétide; 
tantôt sous la forme d’un ulcère très-profond, 
et totalement caché par une couche plus ou moins 
épaisse de substance pulpeuse , putrilaglneuse , 
extrêmement adhérente. Dans 1 un et 1 autre cas , 
les environs de l’ulcère, jusqu’à une distance va- 
riable , sont entrepris d’un empâtement , d’un 
engorgement quelquefois énorme, qui a été pré- 
cédé de douleur, et qui est accompagné d’une 


chaleur remarquable. La partie conserve 1 im- 
pression du doigt , mais la compression cause les 
plus vives douleurs au malade. Ces phénomènes 
s’étendent quelquefois à la totalité d’un membre, 
et surtout dans les parties qui se rapprocheiU 
du tronc. Quoique la compression de ces parties 
soit extrêmement douloureuse , la peau conserve 
ordinairement son état naturel , elle est même 
plutôt plus pâle que plus rouge : en un mot nen 
ii’annoiicc un état inflammatoire. Quelquefois , 
a'peiuiaiit , dans celte vaste cteuduc d engorge- 


d’hôpital. 


^9 

ment, quelques points de la peau présentent une 
légère teinte de rougeur; et alors le tissu cel- 
lulaire sous-jacent ne présente plus les caractères 
de Tœdème , qu’il offre partout ailleurs : là , il y 
a plus de consistance , une sorte de rénittence , 
et tout à la fois beaucoup plus de sensibilité. Si 
l’on examine attentivement ce qui se passe à 
l’ulcère , pendant que l’on comprime assez for- 
tement et dans des sens variés ces parties du 
membre diversement engorgées , on verra s’é- 
couler pendant la compression une plus ou moins 
grande quantité d’ichor brunâtre et féiide, sem- 
blable à celui que l’ulcère fournit , et qui pro- 
vient évidemment d’un foyer quelquefois très- 
vaste , caché sous l’engorgement œdémateux du 
tissu cellulaire sous-cutané. C’est alors dans le 
tissu cellulaire inter-musculaire que la pourriture 
d’hôpital s’est propagée ; et en s’étendant de la 
sorte , elle isole les muscles , elle les dissèque 
quelquefois dans toute la longueur d’un membre. 
Aussi cet accident est -il commun lorsque la 
pourriture d’hôpital fait des progrès en profon- 
deur dans une partie où se trouve beaucoup 
de tissu cellulaire libre. Lorsqu’elle s’est déclarée 
à la face interne de la cuisse , au jarret , à la 
face interne du bras, au pli du coude, à l’aine, 
à l’aisselle , nous l’avons toujours vue s’étendre 
très-profondément dans l’interstice des muscles , 
et causer de grands ravages, si elle était aban- 
donnée à elle-même. Elle se propage aussi très- 


20 


POÜRRITURË 


rapidement dans le tissu cellulaire qui environne 
les tendons : aussi l’expérience nous a-t-elle appris 
à nous en défier toutes les fois qu’elle se déclare 
au dos de la main ou du pied , sur les deux 
faces de l’avant-bras, ou sur le contour du bas 
de la jambe. Pour peu qu’elle soit alors ancienne 
et profonde , elle a déjà donné lieu à l’engor- 
gement des parties contiguës ; elle s’est déjà ré- 
pandue dans l’intervalle des tendons et des mus- 
cles ; et dans ces cas , nous avons eu rarement 
le bonheur de sauver le membre. Elle nous a 
paru moins redoutable a la paume de la main 
et à la plante du pied , pourvu toutefois qu’elle 
ne se rapproche pas trop du talon ou du poignet . 
les aponévroses palmaire ou plantaire auraient- 
elles protégé les parties sous-jacentes? ces or- 
ganes se prcteraient-ils plus difficilement a 1 ul- 
cération spécifique? Quoi qu’il en soit, du moins 
est-il certain que cette observation a été cons- 
tante , et que nous avons vu pareillement la 
pourriture faire peu de progrès dans les plaies 
superficielles de la face externe de la cuisse , lien 
où se trouve une aponévrose très-dense. 

Le tissu cellulaire sous-cutané n’est pas exempt 
de cette espèce de fusees clandestines et éloignées 
de la pourriture d’hôpital j c’est même ce qui a 
lieu dans les cas où l’engorgement général du 
membre ne présente pas partout cet empâtement 
œdémateux , et où l’on trouve dans quelques 
points une tuméfaction consistante, accompagnée 


21 


d’hôpital. 

rougeur à la peau : ce dernier organe est dès 
lors séparé des parties sous-jacentes ; et la rougeur 
dont il est affecté, est le présage des altérations 
plus graves qu’il éprouvera bientôt par les progrès 
ultérieurs de la maladie. Si celle-ci est abandonnée 
à elle-même, le tissu cellulaire sous-cutané étant 
détruit dans une grande étendue j la peau venant 
à perdre ainsi ses liaisons avec les parties sous- 
jacentes, et ses moyens d’existence, elle ne tarde 
pas à périr ; et une escarre gangreneuse qui ne 
comprend que son propre tissu , prouve bientôt 
qu’elle a cessé de vivre. 

Cette influence indirecte que la pourriture d’hô- 
pital peut exercer sur la peau , peut entraîner 
de même la perte de plusieurs autres organes. 
Nous avons souvent remarqué qu’un muscle mis 
à nu, isolé par la perte du tissu cellulaire voisin, 
se boursoufflait d’abord, acquérait un grand vo- 
lume, et donnait par la compression une grande 
quantité de matière iclioreuse j l’organe ne se 
recouvrait pas de bourgeons charnus, et la cou- 
leur rouge qu’il présentait encore , il- la devait 
seulement au dépouillement de ses fibres. Bientôt 
ces dernières paraissaient isolées, elles pilllssaient , 
perdaient leur consistance, et le muscle tout entier 
se mortifiait. Nous observerons , cependant , que 
toutes les fois qu’un muscle a été mis à nu sans 
être isolé par la perte du tissu cellulaire ambiant; 
quand, par les progrès de l’ulcération qui cons- 
titue la pourriture, il a été simplement découvert 


2a POURRITtJRE 

de manière à faire partie de l’ulcération elle- 
même, nous l’avons vu se détruire successivement 
par le même procédé qui entraînait la perte des 
autres parties: en sorte que, d’après l’observation, 
les muscles sont susceptibles d’éprouver Tun et 
l’autre mode d’influence de la pourriture d’hôpital. 

Il en est probablement de même des artères : 
cependant nous n’avons pu vérifier dans ces or- 
ganes la mortification des parois à la suite de 
leur isolement j mais l’observâtion a mis pour 
nous hors de doute d’ulcération et la destruction 
de ces mêmes parois par les progrès immédiats 
de la pourriture. Nous avons été forcé de faire 
une fois la ligature de l’artère axillaire pour un 
accident de cette nature, qui intéressait la partie 
supérieure de l’humérale ; dans une autre occa- 
sion , un accident semblable , accompagné d’un 
désordre affreux dans tout le bras , nous a mis 
dans la nécessité de désarticuler le membre pec- 
toral. 

Nous n’avons pu , au contraire , constater que 
le mode opposé de destruction dans les tendons , 
quoique nous les ayons vus très-fréquemment mis 
à nu par les progrès de la pourriture. Ces or- 
ganes paraissent d’une texture trop dense pour 
que leur tissu cellulaire intime puisse se prêter 
au mode d’ulcération qui constitue la maladie ; 
mais on sait avec quelle facilité ils cessent de 
vivre , quand ils perdent les organes qui les re- 
vêtent immédiatement : or , le tissu cellulaire , 


»’ HOPITAL. 

les membranes synoviales , ne sont pas cparsnés 
nat la pourriture d’hôpiu»' ; d’où s’en- est suivi 
constamment que , lorsqu’ils ont été mis à dé- 
couvert pat les progrès de cette afieetton, ib ont 
été mortifiés en tout ou en partie. 

Les nerfs sont susceptibles aussi de rulceralion 
spécifique. Nous avons souvent observé la des- 
truction progressive de gros cordons nerveux que 
la maladie avait atteints. Nous devons cependant 
remarquer qu’ils paraissent résister quelque temps, 
et que leur destruction est précisément en rapport 
avec celle du tissu cellulaire qui entre dans leur 

structure. iiu-' • i 

Nous avons souvent vu la pourriture d’hopital 

pénétrer dans les articulations, et les détruire plus 
ou moins complètement. C’est en consumant le 
tissu cellulaire que les faisceaux ligaraenmux laissent 
entre eux, que la maladie se propage jusque dans 
ces cavités. Elle ne s’étend pas jusque-là sans 
isoler et faire périr ainsi les ligamens; elle affecte 
alors les membranes synoviales , qui en sont rapi- 
dement mortifiées; les cartilages diarthrodiaux su- 
bissent ordinairement le meme sort; et nous avons 
souvent vu ces derniers se détacher en totalité ou 
par parcelles. On sent bien tout ce qu un pareil 
accident peut ajouter à la gravite ordinaire de la 
maladie. Nous l’avons vue une fois penelrer ainsi 
dans l’articulation du genou ; et c’est le seul cas 
dans lequel nous ayons vu le malade mourir avec 
des douleurs atroces. 


^4 pourriture 

Cependant , la propagation de la pourriture 
jusque dans les articulations n’a pas toujours des 
effets aussi funestes; un membre n’est même pas 
toujours irrévocablement perdu pour cette raison. 
Après la destruction des ligamens, de la membrane 
synoviale, des cartilages diarthrodiaux , la maladie 
est arrêtée par les os, sur lesquels elle ne peut pro- 
duire que la névrosé , genre d’altération qui ne 
peut rien retenir des caractères spécifiques de la 
première. Aussi, toutes les fols que la pourriture 
d’hôpital a pénétré dans une articulation, elle n’a 
pas cause des accldens mortels en y agissant sur les 
moyens articulaires; et lorsque nous avons été 
assez heureux d’ailleurs pour arrêter les progrès de 
la maladie dans les parties molles environnantes , 
nous avons sauvé le malade, et celui-ci en a été 
quitte pour des exfoliations osseuses plus ou moins 
étendues, et une ankylosé. Ainsi nous avons encore 
sous les yeux trois soldats français chez lesquels la 
pourriture ayant eu Heu au bas de la jambe , elle a 
pénétré dans l’articulation du pied. Les accldens 
ont été terribles, mais ils se sont calmés après la 
destruction de toutes les parties molles de l’articu- 
lation. La pourriture a été bornée dans les ulcé- 
rations environnantes; des exfoliations considé- 
rables du péroné, de l’astragale et du calcanéum se 
sont accomplies; de nouvelles seront fournies sans 
doute par le tibia, et la nature travaille mainte- 
nant à l’ankylose du pied. Au reste , c’est une belle 
occasion de démontrer qu’il ne suffit pas, pour 


b’hÔPITAL. 25 

déterminer la carie dans les extrémités articulaires 
des os longs, ou dans les os courts et spongieux, 
que ces organes soient découverts j ou même en- 
tamés pàr un accident quelconque , et qu’il faut 
au moins le concours d’une diathèse morbifique 
pour donner lieu à cette altération organique. 

Enfin , l’influence indirecte de la pourriture 
d’hôpital peut donner lieu au sphacèle de l’extré- 
mité d’un membre. Nous avons souvent observé 
la destruction de la presque totalité des parties 
molles dans un point de la longueur de la jambe. 
Les vaisseaux, les nerfs, sont alors détruits; et non- 
seulement les moyens principaux de la circulation 
et de l’influence nerveuse ont cessé d’exister, mais 
encore toutes les communications qui pourraient 
entretenir ces fonctions d’une manière Indirecte , 
sont ruinées avec les organes qui les renferment. 
Ainsi, l’altération profonde des muscles et du tissu 
cellulaire est aussi funeste dans ce cas , que la des- 
truction Immédiate des principaux vaisseaux et des 
nerfs les plus considérables. C’est pour cette raison, 
sans doute , que nous avons fréquemment observe 
pour lors le sphacèle du pied, ou celui de toute 
autre partie placée dans les mêmes conditions. 

§ IX. 

Nous avons mis un soin particulier à la recherche 
des causes de cette terrible maladie. Elles ne pa- 
raissent pas avoir résidé dans les conditions de 
1 athinosphère ; car, quoiqu’elle fîit extrêmement 


26 POURRITURE 

commune chez les militaires dont tout le midi de 
la France était surchargé, on ne l’a vue nulle part 
se déclarer spontanément chez tout autre blessé 
que ceux qui étaient entassés dans les hôpitaux. 
Si cette maladie a été observée dans les autres 
classes de la société , ainsi qu’il nous est arrivé à 
nous - même de le faire , c’est pour des raisons 
particulières que nous exposerons. 

Des circonstances fortuites et des expériences 
faites à dessein nous ont donné l’occasion de cons- 
tater la propriété contagieuse de la pourriture 
d’hôpital. 

Lorsqu’un malade affecté de cette complication 
est admis dans une salle de blessés , la maladie se 
répand , en se déclarant d’abord sur les blessés 'les 
plus voisins, et de proche en proche jusque sur 
les plus éloignés. 

' Lorsque l’on relègue dans un coin retiré d’une 
salle spacieuse tous les blessés affectés de pourri- 
ture, le reste du local peut être sans danger , au 
moins pour quelque temps , pour les malades 
exempts d’infection. 

Il est presque impossible d’introduire un nouveau 
blessé dans un local étroit où sont déjà rassem- 
blés plusieurs malades affectés de pourriture , sans 
l’exposer à contracter bientôt lui-même une affec- 
tion semblable. 

La rapidité avec laquelle la maladie se propage , 
et l’activité qu’elle manifeste en se répandant, sont 
en raison de l’importance du foyer primitif. Ainsi 


d’hôpital. 27 

nous avons été souvent force d’isoler certains 
malades gravement affectés de pourriture , pour 
arrêter la propagation dont ils étoient la source , 
ou pour éviter à leurs voisins les dangers dont ils 
étoient menacés. 

La pourriture se déclare constamment sur les 
plaies disposées de telle sorte qu’elles puissent être 
touchées librement par l’air ou par les pièces d’ap- 
pareil. Si , dans l’étendue d’une même plaie , il est 
des points qui, par leur disposition, puissent être 
mis à l’abri de ces contacts extérieurs, ils sont 
épargnés tant que subsistent ces dispositions favo- 
rables, et entachés à leur tour lorsque la forme 
vient à changer. Ainsi les plaies faites par la balle, 
et traversant l’épaisseur d’un membre, n’ont jamais 
présenté la pourriture, d’abord que dans leurs ori- 
fices. Dans les cas où l’une et l’autre plaie ont été 
entachées à la fois, la pourriture ayant opéré une 
destruction progressive dans les petites surfaces 
qu’elle intéressoit, elle a donné aux orifices la 
disposition infundibuliforme , et ses progrès ne se 
sont étendus dans le trajet formé par la balle, qu’à 
mesure que la perte de substance opérée par l’ulcé- 
ration a pu convertir les parois de ce même trajet 
en autant de surfaces libres et isolées. Aussi, dans 
cette espèce de cas, la dévastation s’étend-elle 
beaucoup en surface autour des orifices, et ceux-ci 
sont bientôt convertis en de très-grands ulcères , 
tandis que la pourriture pénètre lentement dans 
toute l’étendue du trajet parcouru par la balle; 


POURRITURE 


28 

mais une fois que la totalité du trajet est intéressée, 
il faut s’attendre aux ravages les plus grands et les 
,plus prompts, parce que, sans doute, l’infection 
a été portée de la sorte jusque dans le centre d’un 
membre , et qu’il est aisé qu’elle pénètre de là dans 
les interstices- musculaires. 

Si la présence d’un corps étranger met dans la 
nécessité d’agrandir le trajet et les orifices d’un 
coup de feu, de manière à rendre facile l’accès de 
l’air dans toute l’étendue de la solution de conti- 
nuité, la pourriture d’hôpital peut se déclarer à la 
fois sur toute l’étendue des surfaces, et faire des 
•progrès bien plus rapides. 

Plusieurs chirurgiens militaires revenant de la 
dernière campagne d’Espagne , durant laquelle la 
pourriture d’hôpital a été très - commune, nous 
ont assuré que les sétons que quelques-uns ont 
engagés dans les blessures faites par la balle, déter- 
minaient à coup sûr la pourriture dans toute 
l’étendue de la plaie. 

Si nous n’eussions pas été convaincu d’avance de 
l’utilité de la réunion immédiate à la suite des am- 
putations , le danger de voir bientôt les plaies des 
moignons Infectées de pourriture nous aurait na- 
turellement conduit à cette pratique. Néanmoins 
elle ne nous a pas suffi, et nous avons été obligé 
d’y ajouter des précautions particulières. Les fils 
des ligatures , quoique disséminés afin de réduire 
l’interposition et la plaie qu’elle conserve aux moin- 
dres dimensions possibles, ont cependant été cause 


D HOPITAL. 


29 

de l’accident que nous voulions éviter , en laissant 
subsister quelques surfaces suppurantes extérieures. 
La pourriture d’hôpital s’est emparée de ces points ; 
et quoiqu’elle ait marché avec une grande lenteur, 
à raison de l’étroitesse de l’espace , elle n’en a pas 
moins fini par détruire la cicatrice récente , dénuder 
et nécroser l’os, et faire des moignons coniques 
toutes les fols qu’elle a été abandonnée à elle- 
même. Pour éviter cet inconvénient, nous avons 
pris le parti de ne plus réserver des bouts de liga- 
ture, et de couper les fils contre le nœud, afin de 
ji’avoir plus d’interposition, et de pouvoir faire 
une réunion exacte et complète. Dès lors n’ayant 
plus de plaie extérieure , nous n’avons plus eu de 
pourriture à la suite des amputations. 

La charpie ayant manqué, on fut réduit à la 
triste nécessité de choisir la moins sale parmi celle 
qui avait déjà servi, pour l’employer de nouveau. 
La pourriture devint extrêmement commune alors, 
et fît des progrès effrayans (i). On substitua le 
papier , l’étoupe cardée à la charpie , et la fré- 
quence et les dangers de cette terrible affection 
diminuèrent sensiblement. 


(i) Nous saisissons avec empressement cette occasion de 
rendre publiquement justice à l’humanité , au zèle des au- 
torités civiles de l’administration des hôpitaux et des citoyens 
de la ville de Montpellier ; dès que la détresse des hôpitaux 
fut connue , chacun s’empressa de fournir du linge , de la 
charpie et tous les objets nécessaires au soulagement des 
malades 


3o 


POURRITURE 


Souvent, en cherchant la source probable d’une 
infection nouvelle, on reconnut que la plaie avait 
été touchée par des instrumens qui avaient été 
souillés dans un pansement précédent : on prit la 
précaution de les laver dans le vinaigre, ou de les 
passer au feu avant de les employer de nouveau , 
et l’occasion de semblables remarques devint bien 
plus rare. 

Plusieurs blessés ayant été délivrés de la pour- 
riture se firent transporter chez des particuliers de 
la ville , dans l’intention d’éviter une nouvelle con- 
tagion. Cette précaution n’eut pas toujours le succès 
qu’on s’en était promis j et en cherchant les raisons 
du nouvel accident, on reconnut que ces ma- 
lades avaient emporté avec eux des liages infectés , 
dont l’emploi avait dû reproduire la maladie. 

Pendant que nous faisions, à Toulouse, nos 
premières recherches sur cette affection , un cor- 
donnier réclama nos soins pour les suites d’un 
coup de feu à la main, qui nécessita l’amputation 
du pouce. Il venait se faire panser tous les jours 
à l’hôpital militaire où nous résidions j mais il 
apportait avec lui tout ce qui était nécessaire, et 
jamais il n’approcha des, salles des blessés, où 
régnait alors las pourriture d’hôpital. Un jour il 
manqua de charpie , et sa plaie fut recouverte de 
celle que nous avions dans notre tablier à panse- 
ment, et qui venait de séjourner dans les salles. 
Les jours suivans , les symptômes ordinaires de la 
pourriture se déclarèrent. Nous n’en arrêtâmes les 


d’hôpital. 3i 

profères qu’après nous être donné le temps de bien 
constater la nature de l’accident. Curieux de nous 
assurer de l’exactitude de notre observation , nous 
limes à dessein sur celte même plaie deux épreuves 
successives ; elles eurent le même résultat : de la 
charpie souillée de la matière contagieuse repro- 
duisit chaque fols la pourriture d’hôpital. 

Pendant l’épidémie de Montpellier nous fîmes la 
castration, à l’occasion d’un sarcocèle, à un étranger . 
dont le logement se trouvait assez éloigné de 
l’hôpital. Nous étions dans l’usage de panser sa plaie 
tous les matins en revenant de visiter les mili- 
taires blessés. Dès le cinquième pansement , les 
symptômes de la pourriture se déclarèrent j cepen- 
dant le malade n’avait cessé d’être pansé avec du 
linge et de la charpie préparés dans sa maison , 
et les instrumens dont nous avions fait usage 
n’avaient pas approché des matières contagieusesl 
Le fait nous parut si étrange , que nous doutâmes 
d’abord de la nature de l’affection j cependant elle 
parut évidente à plusieurs personnes éclairées qui 
l’observaient avec nous à l’hôpital j et nous-même , 
pressé par le danger prochain des progrès ulté- 
rieurs de cette affection dans une partie aussi fa- 
vorablement disposée que le scrotum , nous nous 
déterminâmes à mettre en usage les procédés qui 
nous réussissaient cornmupément. Le succès du 
traitement ne nous permit plus de douter , et nous 
ne songeâmes qu’à chercher la voie par laquelle la 
contagion avait eu lieu. Nous nous aperçûmes 


POURRITURE 


32 

qu’un habit de drap que nous gardions pendant la 
visite de l’iiôpital, et que nous portions encore 
tandis que nous pansions notre malade, avait évi- 
demment contracté l’odeur de la pourriture , et 
que par conséquent l’étoffe était imprégnée d’éma- 
nations putrides. Nous prîmes le parti de ne plus 
panser notre malade sans avoir changé d’habits, 
et la pourriture , une fois arrêtée , ne reparut 
plus (i). 

Nous avons bien constaté l’utilité des fumiga- 
tions giiytonniennes. Elles étaient pratiquées régu- 
lièrement trois fois par jour^ et toutes les fois que 
la négligence des domestiques en avait fait omettre 
l’usage , nous ne manquions pas de nous en aper- 
cevoir à quelque nouvelle infection. L’importance 
de ce procédé désinfectant devint même si évi- 
dente, que les malades eux-mêmes se plaignaient 
de son omission. . . ' 

Nous avions observé maintes fois que la pourri- 
ture était fort à craindre , et qu’elle ne manquait 
guère de se déclarer sur les plaies qui avoisinaient 
un malade gravement affecté de cette, même ma- 
ladie. Nous ne nous contentâmes pas alors des 
fumigations périodiques et générales: nous prîmes 

(i) Nous pourrions employer ici plusieurs observations 
analogues , recueillies par des praticiens respecubles , si 
nous rie nous étions promis de consacrer exclusivement ce 
mémoire à l’exposition du résultat des observations que 
nous avons eu occasion de faire pendant les épidémies de 
Toulouse et de Montpellier. 


d’hôpital. 33 

le parti d’entourer constamment le lit des malades 
qui étaient dans ce cas, d’une atmosphère de gaz 
muriatique , en faisant placer auprès des capsules 
fumigatoires permanentes. Cette dernière précau- 
tion a eu le succès le plus complet. Nous avons pu 
conserver ainsi, pendant des mois entiers, des plaies 
intactes autour de foyers d’infection très-redou- 
tables, près desquels nous ne pouvions auparavant 
découvrir la moindre solution de continuité sans le 
plus grand danger. 

L’encombrement qu’a éprouvé l’hôpital Saint- 
Eloi serait difficile à représenter, malgré les soins 
empressés de toutes les autorités. Un troisième 
rang de lits était établi dans toutes les salles, 
même les plus étroites , et la plupart des malades 
étaient couchés deux à deux. Il est impossible de 
supposer des dispositions plus favorables à la pro- 
pagation d’une maladie contagieuse. Néanmoins , 
la pourriture a été constamment moins fréquente 
et moins grave chez les malades couchés dans le 
rang de lits établi dans le milieu des salles, partout 
où la construction de ces dernières a permis d’avoir 
un courant d’air qui pût les parcourir selon leur 
axe. Nous avons même remarqué que les malades 
qui occupaient les lits voisins des ouvertures exté- 
rieures, surtout des croisées pratiquées aux extré- 
mités d’une salle , étaient plus rarement affectés. 
La contagion était, au contraire, très'-commune et 
très-grave dans les malades couchés dans des lits 

3 


l»OURRlTUfeE 

adossés aux parois des salles, surtout là où les 
ouvertures extérieures étaient trop rares. 

La pourriture s’est manifestée dans le quartier 
de riiôpital Saint-Eloi, destiné au traitement des 
galeux et des vénériens j mais elle y a été incom- 
parablement plus rare et moins dangereuse que 
dans le quartier des blesses. Cependant la cons- 
truction du premier est on ne peut pas plus 
vicieuse , et les malades y ont ete constamment les 
uns sur les autres. Dans le second , au contraire , 
les salles sont spacieuses , la plupart bien percees , 
et l’encombrement n’y a jamais été porté au même 
point. Teut on croire que l’évaporation abondante 
du soufre et du mercure ait altéré le contagium? 

Non-seulement nous avons vérifié dans la pour- 
riture d’hôpital la propriété de se reproduire en 
passant par voie de contagion d’une plaie infectée 
à celle qui ne l’était pas encore, mais nous avons 
retrouvé la propriété de produire la meme affection 
dans les gangrènes .proprement dites , dans les 
émanations des malades affectés du typhus noso- 
comial, et dans ceUes des déjections dyssenté- 
rlques. Nous avons vu ; pendant l’épidémie , un 
sphacèle de la jambe du genre des gangrènes qu’on 
appelle séniles, causer un très-grand nombre de 
pourritures dans les plaies du voisinage j et nous 
avons fait cesser le danger, en entourant le ma- 
lade de capsules fumigatoires pérmanentes. Une 
partie de nos blessés a été logée dans des salles 


35 


D^HÔPITAL. 

inal percées, et communiquant très - librement 
avec des salles remplies de fiévreux , la plupart 
affectés du typhus nosocomial. Rien n’égale la 
fureur que la pourriture a déployée sur la plus 
grande partie des plaies exposées à ce foyer de 
contagion; et la plupart même n’ont pu être ra- 
menées solidement à des dispositions plus favo- 
rables, qu’en les soustrayant à celte atmosphère 
empestée. Dans le même temps, notre collègue, le 
chevalier Broussonet , observait que le typhus 
devenait plus commun et plus grave dans les salles 
des fiévreux contiguës à celles de nos blessés. Enfin 
nous avons fait des. remarques de la même nature 
touchant la funeste influence des déjections dyssen- 
lériques. Cette dernière affection a été assez rare 
pendant la durée de l’épidémie; mais quelques 
exemples ont suffi pour nous prouver qiie les 
émanations des déjections qu’elle détermine sont 
extrêmement à craindre pour les plaies qui peuvent 
y être exposées, et qu’elles engendrent prompte- 
ment la pourriture d’hôpital. 

Nous avons eu occasion, d’observer la maladie 
dont il s’agit, dans toutes les conditions et dans 
toutes les combinaisons possibles. Soit que la ma- 
ladie qui nous occupe ait éclaté sous nos yeux , 
soit qu’elle eût déjà commencé et fait des progrès 
plus ou moins considérables avant qu’il nous fût 
permis de l’observer , nous l’avons vue accompa- 
gnée des symptômes évidens de l’embarras gas- 
^nque , de ceux de la fièvre bilieuse , plus fré- 

3 . 


POURRITURE 


30 

quemment de ceux de la fièvre catarrhale , et 
très-souvent du typhus nosocomial ou de toute 
autre fièvre nerveuse grave. Nous avons senti 
toute l’importance d’une occasion aussi favorable , 
et nous nous sommes attaché à bien constater, 
par la marche- de l’affection générale , par son 
issue , par les phénomènes et le sort de 1 affection 
locale , par les résultats du traitement de l’une et 
de l’autre, le rôle respectif qu’elles jouaient. 

Nous avons souvent terminé par les évacuans 
les troubles qui résultaient d’un embarras gastrique, 
sans avoir agi le moins du monde , par cette mé- 
thode , sur l’affection locale. 

Les fièvres bilieuses se sont jugées au bout du 
temps ordinaire de leur durée; les méthodes de 
traitement qui leur conviennent les ont simplifiées, 
en ont aidé la solution, mais n’ont point exercé 
d’influence marquée sur la pourriture d’hôpital. ^ 
Les fièvres catarrhales n’ont point été traitées 
en vain : le principe septique dont la constitution 
paraissait saturée, donnait à ces maladies encore 
plus d’irrégularité , d’incertitude et de lenteur que 
dans les circonstances ordinaires , et les secours de 
l’art étaient d’autant plus importans, que ces fièvres 
donnaient lieu fréquemment à des symptômes 
nerveux graves, et que c’était la forme générale 
sous laquelle le typhus s’annoncait ; mais, loin que 
le traitement méthodique de l affection generale 
ait jamais changé avantageusement l’état d’une 
plaie affectée de pourriture d’hôpital, il a été évi- 


d’hôpital. 37 

dent au coiîtraire , dans bien des cas, que l’emploi 
des procédés propres à opposer à l’alFection locale 
une résistance efficace, était impérieusement ré- 
clamé par la fièvre, et le seul moyen par lequel 
on pût prévenir ou détruire les symptômes dan- 
gereux qui l’accompagnaient déjà , ou qu’il était 
raisonnable de craindre. Il a été manifeste, dans 
cette sorte de cas, que le foyer putride local ali- 
mentait l’affection générale, ou l’aggravait en y 
ajoutant des circonstances étrangères, lorsque la 
fièvre existant la première sous des formes exemptes 
de danger, elle a pris un caractère plus grave à 
l’occasion du développement de la pourriture 
d’hôpital, et lorsque nous avons pu lui rendre 
toute sa simplicité primitive en faisant cesser cette 
dernière affection. On voit qne cette remarque est 
de la même nature que celle que faisait de son 
côté notre collègue le professeur de clinique médi- 
cale , lorsqu’il observait sur ses malades les dange- 
reux effets du voisinage des blessés affectés de 
pourriture d’hôpital. Comme nous l’avons dit plus 
haut, cette dernière affection multipliait le typhus 
parmi les fiévreux j elle donnait rapidement ce 
même caractère aux fièvres les plus simples ; elle 
les aggravait toutes sensiblement ; et nous avons 
diminué manifestement le danger pour les fiévreux 
et pour nos blessés , lorsque nous avons pu trans- 
porter ces derniers loin des salles destinées au 
traitement des maladies internes. 

Nous n’avons pas toujours été le maître de 


rOUBRlTÜRE 


38 

prévenir ou d’arrêter les progrès et les dangereux 
effets de la pourriture d’hôpital sur des blessés 
affectés d’ailleurs de fièvre catarrhale , soit parce 
que celte funeste complication existait déjà de- 
puis long-temps et avait produit toutes ses con- 
séquences lorsque les malades nous ont été confiés, 
soit parce que les désordres produits jusque-là 
par la pourriture étaient tellement étendus, que 
les procédés que celte dernière aurait exigés nous 
paraissaient au-dessus des forces du malade. Or, 
dans ces cas , la nature n’a pas toujours été im- 
puissante. Quelquefois la fièvre s’est jugée favo- 
rablement sans rien changer à l’état de l’affection 
locale, et, libre alors d’agir sur cette dernière, 
nous avons eu souvent le bonheur de réussir par 
des procédés tout chirurgicaux. Pleinement con- 
vaincu par un grand nombre d observations de 
ce genre , que la pourriture n’était point sous la 
dépendance de la fievre ; que celle-ci , au con- 
traire, pouvait être singulièrement aggravée par 
l’affection locale, nous avons eu le courage (le 
pratiquer l’amputation dans des cas où les dé- 
sordres physiques produits par la pourriture d hô- 
pital étaient irréparables de toute autre ma- 
nière , et quoique la fièvre ne fût point encore 
jugée. Le succès a souvent couronné nos efforts 
et justifié nps observations antérieures : l’étal 
général a été sensiblement amélioré ; la fièvre 
s’est terminée heureusement , et la pourriture ne 
s’est pas reproduite sur le moignon, ^ons ob- 


d’hüPITAL. 3 '() 

serverons que la distance à laquelle nous étions 
dès armées d’où provenaient nos blessés , l’en- 
combrement d.e tous les hôpitaux , le défaut de 
moyens de transport assez nombreux ou assez 
commodes , le chagrin dont la plupart de nos 
malades étaient profondément affectés, ont beau- 
coup multiplié les cas de cette espèce. Souvent 
un blessé n’arrivait à Montpellier qu’après avoir 
erré deux ou trois mois dans des hôpitaux mal- 
sains ou sur les routes, ayant parcouru de grandes 
distances tantôt sur des charrettes, tantôt à pied, 
manquant de tout, et n’ayant été pansés que fort 
rarement. Leur état ne pouvait être que très- 
grave ; et le parti de l’amputation, qui ne parais- 
sait pas offrir de grandes ressources, nous parut 
à nous-même un acte de désespoir. Cependant, 
encouragé par les premiers succès , nous prîmes 
plus de confiance j nous ne balançâmes plus, dans 
les cas de cette espèce, à faire cesser promptement 
la funeste influence d’un foyer putride très-étendu, 
et de la plus puissante cause de débilitation pro- 
gressive J et nous avons eu la satisfaction de sauver 
le plus grand nombre de nos amputés , malgré 
les dispositions défavorables dans lesquelles ils ont 
été opérés. 

Le typhus, très-commun pendant toute cette 
épidémie, nous a offert précisément les mêmes 
circonstances , et presque les mêmes sujets de 
remarque. Nous l’avons quelquefois observé sans 
pourriture d’hôpital : souvent alors il supprimait 


POURRITURE 


4o 

la suppuration , desséchait la surface suppurante ^ 
et la recouvrait d’une légère croûte gangreneuse 
qui ne s’humectait point pendant le cours de la 
maladie , et dont la séparation étoit le présage 
le plus sûr de la terminaison heureuse et pro- 
chaine de la fièvre. Dans d’autres cas , la sup- 
puration était seulement ralentie j la surface sup- 
purante pâlissait sans se dessécher ni se renou- 
veler J et les seuls changemens remarquables dans 
la plaie, aux approches d’un événement heureux, 
étaient la restitution de sa couleur naturelle, et le 
rétablissement d’une suppuration légitime. Nous 
avons observé la pourriture , combinée de toutes 
les manières avec le typhus ; et toujours nous 
avons vérifié l’indépendance fondamentale de ces 
deux maladies. Tantôt la pourriture existant au- 
paravant, nous avons pu la faire cesser à la veille 
du développement de l’affection générale, et con- 
server le bon état de la plaie pendant toute la 
durée de cette dernière maladie j tantôt c’est au 
milieu du typhus que nous avons arrêté l’affec- 
tion locale , au moment où ses progrès pouvaient 
devenir dangereux , et sans que ce changement 
ait paru en entraîner aucun dans la marche de 
l’affection générale j tantôt , enfin , le typhus sur- 
venant avant ou après la pourriture d’hôpital , 
s’est terminé heureusement en laissant subsister 
dans toute sa force l’affection locale , qu’il a 
fallu traiter séparément, et toujours par des pro- 
cédés locaux. Nous n’aurions jamais pu nous per- 


d’hôpital. 4l 

5uader que l’amputation fût praticable dans des 
conditions aussi désavantageuses : cependant, sé- 
duit par les exemples précédensj encouragé par 
les conseils des personnes éclairées qui nous en- 
touraient J réduit à la plus grande perplexité par 
les progrès efFrayans de la pourriture , ou par 
des hémorragies graves impossibles à dompter 
par tout autre moyen , nous avons osé l’entre- 
prendre j et nous devons à la vérité de déclarer ici, 
sous la garantie des témoins dignes de foi dont 
nous étions entouré , que si nous avons eu des 
revers, ils ont été rares. Nous n’avons perdu de 
ces malades que ceux qui ont évidemment suc- 
combé au typhus, ou ceux dans lesquels l’ampu- 
tation a dû être faite sur des parties engorgées et 
manifestement entachées. Plus tard, mieux Instruit 
par l’observation^, nous avons réussi à nous dé- 
barrasser d’abord de ce dernier inconvénient, et 
dès lors nos succès ont été plus sûrs et plus com- 
muns. Toujours pouvons-nous assurer que, lorsque 
l’amputation étant pratiquée en pareil cas, elle a 
pu -l’être dans des parties saines , jamais la pourri- 
ture ne s’est manifestée de nouveau dans le moi- 
gnon, à lUoins de nouvelle contagion j ce qui 
peut être évité au moyen des précautions conve- 
nables. 

Nous avons eu des preuves réitérées que l’on 
commettrait une grande erreur, si l’on attribuait à 
une complication essentielle tous les symptômes 
nerveux graves qui peuvent se manifester pendant 


POUniUTURE 

la durée d’une pourriture d’hôpital profonde et 
étendue. Dans la description que nous avons farte 
ci-dessus des symptômes généraux auxquels l’af- 
fection locale peut donner lieu , on a pu remarquer 
la forme adynamique de ce même état , que nous 
avons réduit à sa plus grande simplicité pour en 
faire une peinture exacte : mais ce tableau peut 
être surchargé d’une foule d’autres traits dépen- 
dans de l’idio-syncrasie du sujet ; et alors 1 erreur 
est plus facile. Cependant, la preuve que tout cet 
ensemble de phénomènes plus ou moins alarmans 
n’est le plus souvent qu’une conséquence éphé- 
mère de l’affection locale, c’est que, si l’on parvient 
à dompter celle-ci, tous les symptômes généraux 
s’évanouissent avec une promptitude et une facilité 
étonnantes. Il nous est arrivé très-fréquemment 
de voir, dans les vingt-quatre heures après la cau- 
térisation d’une plaie infectée, les douleurs que la 
pourriture détermine se dissiper, le sommeil se 
rétablir, la face prendre un meilleur aspect, la 
fièvre disparoître, et le désir des alimens se faire 
sentir : l’expérience nous a même appris a ne 
compter que sur le prompt rétablissement du repos , 
pour pronostiquer l’heureuse issue de la cautérisa- 
tion, employée comme moyen propre à arrêter les 
progrès de la pourriture. Si les douleurs cessent 
promptement et totalement , on peut se promettre le 
succès le plus complet ; si le malade souffre encore ; 
si le sommeil ne survient pas naturellement des a 
première ou la seconde nuit, on peut être assure 


d’hôpital. 43 

que la pourriliire n’est pas domptée. Cette prompte 
et totale disparition des symptômes généraux qui 
accompagnent le plus souvent la pourriture d’hô- 
pital, n’est pas propre à faire penser qu’ils consti- 
tuent les phénomènes d’une affection générale 
essentielle , dont la pourriture serait un symptôme j 
il est bien plus naturel de conclure, au contraire, 
que l’affection locale est la seule essentielle , et que 
le reste est le simple résultat d’une réaction plus ou 
moins violente. 

Il n’arrive pas toujours , à la vérité , que l’afiec- 
lion générale cède avec cette promptitude à l’em-« 
ploi du traitement local, quoique d’aiileurs ce der- 
nier ait été heureux. Nous croyons avoir remarqué 
deux circonstances différentes où l’affection géné- 
rale concomitante persiste : celui où la pourri- 
ture d’hôpital a été précédée ou accompagnée 
d’une maladie connue, la fièvre catarrhale, la fièvre 
bilieuse, etc. ; celui où la pourriture étant fort 
étendue , profonde , ancienne , il semble que le 
système lymphatique ait introduit dans la consti- 
tution une certaine quantité de la matière putres- 
cente dont la plaie a été long-temps recouverte. 
Dans le premier cas, la maladie se prolonge le 
temps nécessaire pour atteindre l’époque et les 
conditions de son jugement* légitime ; dans le se- 
cond, la nature semble occupée d’une sorte de 
travail digestif, dont le but paraît être l’assimila- 
tion ou l’élimination de la matière putride intro- 


POURRITURE 


44 

daite ; mais, dans l’im et dans l’autre, on n’obiienl 
pas moins l’avantage que l’on se proposait, celui 
d’arrêter les progrès delà pourriture, quoiqu’on laisse 
subsister une affection générale qui ne peut être ter- 
minée que par d’autres moyens. Du reste, il est rare 
quelapourriture ait de semblables effets, soit que le 
système lymphatique se prête difficilement à l’in- 
troduction de la cause présumée,- soit, ce qui nous 
paraît plus probable , que la nature travaille sans 
relâche à l’assimilation de ce délétère, au fur et à 
mesure qu’il est introduit. Mais cette remarque 
d’une affection générale qui survit à la pourriture 
d’hôpital , dont néanmoins elle paraît l’effet , n’a 
rien de plus étrange que l’affection générale qui 
accompagne les diverses espèces de gangrène, que 
l’on est dans l’usage d’attribuer à l’absorption d’une 
partie des escarres, et qui peut se prolonger plus 
ou moins après la séparation totale de ces der- 
nières. 

Parmi les nombreux exemples que nous avons 
vus de pourriture d’hôpital compliquée d’affection 
générale essentielle , et celle-ci s’étant développée 
la première,' nous avons souvent observé que de 
plusieurs plaies que portait le même malade , une 
seule était entachée de pourriture , tandis que les 
autres conservaient leur état naturel. Des deux 
orifices d’une plaie faite par la balle , un seul a 
souvent été affecté, l’autre restant intact, aussi 
bien que le trajet intermédiaire. II a été auss» 


d’hôpital. * 4^ 

très-commun qu’un seul point dans l’étendue d’une 
même plaie fût infecté, le reste conservant ses 
heureuses dispositions. 

De tout ce que nous venons d’exposer dans ce 
paragraphe , touchant les causes de la pourriture 
d’hôpital , nous pouvons former les propositions 
suivantes, dont les unes nous paraissent rigou- 
reusement démontrées, et les autres fondées sur 
les plus grandes probabilités. 

1 °. La pourriture d’hôpital est essentiellement 
contagieuse , et le contact doit s’exercer sur la 
surface même d’une plaie suppurante. 

2 ®. La nature du contagium paraît être animale, 
et provenir des émanations des hommes entassés 
dans des espaces très-étroits et fermés. 

3®. Il paraît que, pour être aussi dangereuses, ces 
émanations doivent être altérées et dans un état 
de putrescence. 

4°. Les excès de fatigue, les privations, le cha- 
grin , un état de maladie dans ces conditions dé- 
favorables , surtout le typhus nosocomial , la dys- 
senterie , le sphacèle , paraissent très - propres à 
donner aux émanations animales cette funeste 
propriété. 

5®. 11 suffit que ces émanations, quoique saines 
d’ailleurs , quand elles sont abondantes et retenues 
dans un espace resserré, trouvent dans l’atmo- 
sphère une température élevée et une quantité 
suffisante d’humidité, pour qu’elles contractent 


NOURRITURE 


46 


I 


promptement la putrescence et les propriétés 
dangereuses qui en sont la conséquence. 

6°. L’air, tous les matériaux propres aux pan- 
semens, et surtout ceux qui s’emparent facile- 
ment de l’humidité de l’atmosphère, comme la 
charpie et le linge, les étoffes, les instrumens de 
chirurgie mai tenus, les doigts, peuvent se charger 
de la matière contagieuse, et la transmettre aux 


surfaces saines. 

< 7 ®. Le contagium qui produit la pourriture d’hô- 
pital paraît être le même qui détermine le typhus 
nosocomial; seulement il parait que, pour produire 
la première maladie, il doit agir immédiatement 
sur les surfaces suppurantes , et que , pour donner 
lieu au typhus , il doit être absorbe et passer par 
les voles de la nutrition. 

8°. Ce même contagium émané d’un corps af- 
fecté de typhus est propre a produire la pourri- 
ture , et vice versa. 

9 ®. Y a-t-il quelques rapports entre ce meme 
contagium et celui qui produit les fievres inter- 
mittentes pernicieuses auprès des marais ; celui qui 
détermine la fièvre jaune; celui qui produit le 
typhus pestilentiel; celui qui donne lieu à la pus- 
tule maligne? •• . 

io°. Il ne paraît pas que le contagium introduit 

et donnant lieu au typhus nosocomial puisse 
produire la pourriture d’hôpital , en agissant sur 
une surface suppurante , par les voies ordinaires 


d’hôpital. • 4? 

de la nutrition ; toujours , en pareil cas , la conta- 
gion locale paraît nécessaire, quelque saturé que 
soit le corps. 

11°. Il est hors de doute que l’embarras gas- 
trique, la fièvre bilieuse, la fièvre catarrhale, même 
grave, sont sans influence sur la production de la 
pourriture , et que cette dernière maladie est tout- 
à-fait distincte et indépendante des premières. 

12®. L’étude attentive de la pourriture d’hôpital 
ne permet pas de soutenir qu’elle n’est qu’un symp- 
tôme des maladies concomitantes, qu’elle en 
emprunte le génie, qu’elle a la même issue, et que 
son traitement doit être celui de l’affection géné- 
rale régnante. Ces maladies sont autant de compli- 
cations dont la pourriture d’hôpital est susceptible, 
mais qui ne changent rien à l’essence et à la marche 
propre de l’affection locale. 

§ X. ■ 

Il est aisé de tirer le diagnostic de la pourri- 
ture d’hôpital de tout ce qui a été exposé jus- 
qu’ici, touchant l’historique de la maladie. Pour 
réduire ce tableau raccourci aux circonstances 
distinctives et vraiment caractéristiques, on peut 
dire , pour la pourriture ulcéreuse ^ que toute 
plaie qui s’accroît tous les jours et dans toutes 
les dimensions sans un engorgement considé- 
rable des bords , les bourgeons ayant perdu la 
disposition fongiforme pour prendre la forme 
conique, est très-suspecte de pourriture j que si, 


^8 POUBKITÜRE 

à ces circonstances se joignent l’odeur propre de 
la suppuration , une douleur constante et quel- 
quefois intolérable , les fonctions étant jusque- 
là intactes , il n’y a plus de doute. La chose est 
plus facile à reconnaître lorsque l’ulcération n’af- 
fecte pas d’emblée la totalité de la plaie , et lors- 
qu’elle commence par un ou plusieurs points isolés, 
formant autant d’alvéoles qui tendent à se réunir 
et se confondre par leurs progrès simultanés. Cette 
marche est vraiment propre a la pourriture j elle 
seule la présente , et elle suffirait pour la faire 
reconnaître, quand on n’aurait pas les secours de 
la forme .particulière des bourgeons charnus , et 
de l’odeur propre de la suppuration. 

Il ne peut pas y avoir d’erreur de la part 
d’un praticien attentif, quand il s’agit de recon- 
naître la pourriture pulpeuse. Dès le premier 
temps , et lorsque la plaie est encore recouverte 
d’une fausse membrane mince , les douleurs vives 
dont la plaie est le siège et la rougeur que les 
bords présentent , aucune cause connue ne pou- 
vant d’ailleurs expliquer de tels phénomènes , 
sont des raisons suffisantes pour la soupçonner; 
et l’on ne risque guère de se méprendre lorsque 
ces symptômes se font remarquer dans un hô- 
pital surchargé de malades , et surtout s’il existe 
déjà des pourritures dans le même lieu. Le dia- 
gnostic est bien plus aisé lorsque la plaie est 
recouverte de la pulpe putrilagineuse , et qu elle 
exhale l’odeur caractéristique. Ces symptômes sont 


d’iiôpita.l. 

exclusivement propres à i’ufFccllon dont il s’af,'ir. 
D’ailleurs, lorsque les choses sont par\enucs à 
cet état, y Si que la pourriture 

subsiste ; on peut obtenir du malade des éclair- 
cissemens lüstnUj;tifs sur ce qui s'est passé pré- 
cédemment ; et rafiTection générale, qui ordinai- 
rement s’est déjà manifestée , aide à reconnaître 
le caractère de la maladie. 

La variété de pourxi(ure pulpeuse compliquée 
d’extravasion santijuine dans la masse putrilai,d- 
neuse , pourrait en imposer, au premier coup- 
d’œll, pour les suites d’une liéraorragie. Mais 
d’abord , l’o/lcur, ^caractéristique est plus marquée 
dans ce cas que dans tout autre; en second lieu, 
la maladie est accompagnée de douleurs intolé- 
rables ; ce qui ne saurait être conçu dans la sup- 
position d’une héuiorragie précédente , à moins 
d’une infiltration sanguine abondante et pro- 
fonde , ce qui peut toujours être vérifié ; enfin , 
une extravasation sanguine- aussi abondante que 
le ferait supposer l’état des parties , supposerait 
aussi une. hémorragie grave qui n’aurait été sus- 
pendue que par. la distension de toutes les aréoles 
du tissu cellulaire. Or, si l’on questionne le ma- 
lade, qn apprcptlra que la plaie n’a jamais fourni 
une goutte de sang pur , et que la suppuration 
a- seulement été colorée en brun par le mélange 
de quelques gouttes de s.mg décomjjosé. 

Il est quclqtus cas d’inflammation , de contusion 
ou d’ecchymose dans les plaies, qui pourraient en 

4 


pnuRP.nTr.E 


imposer jusqu’à un certahi point pour la pour- 
riture d’hôpital. ^ 

Un léger degré d’inflammation à la surface d’une 
plaie peut bien' donner lieu à la formation d’une 
fausse merabraüe qui là recouvre phts Ou moins 
compléfeiuont J mais il lï’y a jamais ’eh pareil càs 
autant de douleur que dans celui de pourriture 
d’hôpital : elle seule paraît capable de 'déterminer 
des douleurs aussi vives avec une fausse infiara- 
ihaiion , ou du moins avec une inflammation lé- 
gère. Ues topiques émolliens réussissent promp- 
temenr en pareil cas, si l’inflammation est idio- 
pathique, suecès que l’on se promettrait -en vam 
quand il s’agit du premier degré de la pourri- 
ture pulpeuse. ^ r • J' 

L’inflammation symptomatique des plaies, de- 

pendante de l’embarras gastrique , entraîne quel- 
quefois une, très-légère escarre qui ne Comprend 
que la Superficie de la ' surface suppurante , qui , 
à cause de son peu (^épaisseur, prend une' couleur 
blanche, et quelquefois même , én se détruisant 
de bonne heure , prend l’aspect d’un chevelu 
blanchâtre plus ou moins long. Çette espece e 
flocons ne recouvre jamais la totalité de la Sur- 
face et ce qui reste à découvert de celté der- 
«ièréest vermeil, et dans des condHioiis que de 
présentent famais lés plaies aflectées^ de pourri- 
ture Si la légère escarre dont il s’agit est restée 
entière ,’ elle ne tarde pas à se détacher; ce qm 
fonne une autre différence très- facile u saiSir. 


d’hôpital. .'ît 

Dans la pourriture pulpeuse qui s’arrête et giiéi it 
spontanément , la masse putrllii£i:iactisc se ruine, 
se détruit , disparaît, et découvre la plaie sans qu’on 
puisse dire ce qir’est devenu son résidu , et sans 
jamais se séparer en entier à la manière d’une 
escarre. Ou voit que des praticiens Initteniifs 
ont bien pu s’en laisser imposer par le cas dont 
il s’agit, avoir néanmoins reconnu les symptômes 
de l’embarras gastrique , et avoir Inféré de leurs 
observations que la pourriture d’hôpital pouvait 
dépendre de celte cause , et qu’elle devait alors 
être traitée par les évacuans. On sent aussi quo 
cette erreur a pu facilement s’éientlre à d’autres 
cas analogues , et que la prévention d’une pre- 
mière observation inexacte a dii singulièrement 
favoriser cette extension. Il n’est pas rare qu’une 
fièvre , pour p: u qu’elle soit grave , desscciie la 
surface d’une plaie suppurante ou d’un ulcère , 
et y détermine la formation d’une escarre ordi- 
nairement mince, qui se sépare et découvre une 
plaie bien conditionnée , lorsque la maladie gé- 
nérale est jugée. Ces accidens , qui diffèrent to- 
talement de la pourriture d’hôpital , précisément 
à cause de l’escarre , que l’on n’observe jamais 
dans cette dernière, ont cependant été confondus 
avec elle , et ont donné lieu à la fausse et fu- 
neste théorie de la condition symptomatique de 
cette maladie; théorie qui conduit à négliger l’af- 
feetlon essentielle et. à la laisser faire des progrès 
dangereux ., tandis qu’on emploie un temps pré- 

4 . • 


romniTUiiE 


t)9. 

cieux ù combattre vainement une afFection gene- 
rale , le plus souvent symptomatique elle-même, 
ou du moins étrangère à la pourriture. 

11 est des plaies extrêmement contuses , dans 
lesquelles les organes ont été totalement détruits 
dans une certaine étendue; et si cette destruction 
laisse une solution de continuité disposée en sur- 
face , elle peut présenter quelques légères res- 
semblances avec la pourriture pulpeuse. Nous 
avons vu, dans un des grands hôpitaux de la 
capitale , une plaie de cette espèce , faite sur le dos 
de la main par l’action d’une carde mécanique. 
Les dents de l’instrument avaient détruit la con- 
tinuité , et tout à la fois l’organisation de la peau, 
dans une assez grande surface. L’accident avait 
eu lieu depuis cinq jours , la malade avait con- 
tinué d’agir , et la plaie avait ete mal pansee ; 
en conséquence , cette derniere était enflammee 
et recouverte de flocons blanchâtres et sangui- 
uolens, restes gangreneux de la peau désorga- 
nisée. Un praticien célèbre s’en laissant imposer 
par ces apparences , crut reconnaître la pourri- 
ture d’hôpital , sans avoir égard à la nature de 
la blessure, à son peu d’ancienneté , aux causes 
d’irritation qui avaient eu lieu depuis, au lieu 
qu’avait habité la malade, et surtout à la mé- 
diocrité des douleurs et à l’absence^ de toute fé- 
tidité. Néanmoins l’état inflammatoire des parties 
flt prescrire l’application d’un cataplasme émol- 
lient. Peu de jours après, la plaie était dépouilleQ 


d’hüpitàl. 53 

et en bon état : d’où l’observateur infe'ra qu’il y 
avait des cas de pourriture d’hôpital accompagnée 
d’inflammation , où les topiques émolllens étaient 
indiqués et pouvaient suffire. Il n’est pas nécessaire 
de longs commentaires pour faire sentir les défauts 
d’une semblable observation. 

Des percussions exercées sur une plaie qui sup- 
pure ; ou bien des efibrts de la part du membre où 
elle se trouve placée , peuvent déterminer la for- 
mation de petites ecchymoses plus ou moins pro- 
fondes, et qui se montrent à la surface, sous la 
forme de taches brunes ou violettes. Nous avons 
vu ces apparences près d’en imposer à des gens 
instruits, qui étaient tentés de les prendre pour les 
premiers progrès de la pourriture ulcéreuse. 11 est 
aisé cependant de se défendre de l’erreur : la tache 
produite par une ecchymose est sur le niveau du 
reste de la surface suppurante j l’alvéole ulcéreuse, 
qui marque le début de cette espèce de pourriture 
d’hôpital , présente , au contraire, dès le premier 
instant, une excavation manifeste. Encore qu’elle 
soit de la même couleur, cette seule circonstance 
suffirait pour la faire distinguer. 

§ XT. 

On peut établir, en général, que la pourriture 
d’hôpital livrée à elle-même est une maladie des 
plus graves : elle peut cependant guérir spontané- 
ment, ou bien demeurer long-temps stationnaire, 
et par conséquent être exempte de danger; mais 


POURRITURE 


le plus ordinairement elle tend a la destruction 
des parties qu’elle intikessc ; elle peut déterminer la 
perte d’un membre , ou compromettre la vie. 

ISotis avons vu y dans un ires-petil nombre de 
cas, des malades dont les plaies étaient très-légère- 
ment entachées, quitter l’hôpital où ils avaient 
contracté la contagion , se retirer chez des particu- 
liers de la ville ou bien dans la campagne, et guérir 
sans que rien, dans le régime ou dans le traitement 
local , put rendre raisonnablement compte de ce 
changement avantageux. Nous n’avons jamais pu 
laire des observations semblables sur des malades 
rcsidens dans riiôpital j nous ajouterons même que 
nous n’avons pu que très-rarement recueillir des 
faits de celte nature. S’il fallait trouver une expli- 
cation vraisemblable de ces observations , nous 
demanderions si, après la suppression du foyer de 
i’infcclion et de son influence , l’organisme ne 
pourrait pas acquérir une force digestive suffisante 
pour assimiler les molécules contagieuses engagées 
dans la sur'face suppurante? s’il n’est pas probable 
que toute surface suppurante est exposée fréquem- 
ment à des dangers de cette esi>èce pendant le 
cours de sa durée? si le travail d’une plaie qui a 
la suppuration pour résultat ostensible , n’a pas 
aussi pour utilité de résister jusqu’à un certain 
point à l’influence de tous les agens exteneurs, 
parmi lesquels une foule ont une existence et des 
propriétés encore pleines de mystères pour nous . 

C’est peut-être par une suite de cette loi fou a- 


u’uÙPITAL. Sj 

mentale de l’organisme, que nous serions tres- 
porté à admettre que certaines pourritures d’hô- 
pital peuvent demeurer staiionmiires pendant un 
temps plus ou moins long, et même .que certaines 
plaies ont pu résister pendant long-temps à la 
contagion dont elles étaient entourées. Pour qu’il 
ne nous restât aucun doute sur le degré d’icqpor- 
tance de la maladie, nous résolûmes d’abandonner 
à la nature quclques-'unes des plaies qui en étaient 
entachées j et , tout en choisissant nos exemples de 
manière que notre expérience ne pût point nuire 
aux malades, malgré les progrès ultérieurs de la 
maladie, si elle en faisait de considérables, nous 
les prîmes aussi dans des conditions variées. Ainsi 
nous choisîmes des sujets placés dans des salles 
vastes et aérées , et d’autres logés dans des espaces 
plus resserrés j nous en prîmes de ceux qui se trou- 
vaient fort exposés au courant d’air que fournissait 
une ouverture extérieure, et de ceux autour des- 
quels l’atmosphère devait se renouveler difficile- 
ment j enfin , nous choisîmes de ceux qui étalent 
entourés d’un ou plusieurs foyers d’infection, et de 
ceux rqui se trouvaient placés d’une manière plus 
heureuse. 

Kî’est presque constamment parmi les malades 
couchés seuls , entourés de quelques lits vides , et 
par conséquent presque isolés j parmi ceux qui 
étaient placés dans des salles spacieuses, et surtout 
parmi ceux qui étaient exposés à quelque courant 
d’air , que nous avons observé l’état stationnaire de 


POURRITURE 


56 

la pourriture. Au nombre de nos sujets d^observa- 
tion soiis ce rapport , était un jeune garçon placé 
en tête du rang du milieu d’une salle étroite , mais 
fort longue ; derrière le chevet de son lit se trou- 
vait une croisée à balcon , ouverte jusqu’au sol , 
et dont nous avions fait enlever les vitres. Le cou- 
rant d’air fourni par celte ouverture était d’au- 
tant plus rapide, qu’il provenait d’une rue percée 
en face (i), et qu’il avait une issue à l’extrémité 
opposée de la salle. Ce militaire avait etc blesse légè- 
rement par une balle à la partie supérieure de l’Inter- 
valle des deux fesses , attenant la région lombaire. La 
pouiTiture existait lors de son enlree a 1 hôpital, 
mais elle avait fait peu de progrès. Sans qu’il ait 
été rien entrepris dans l’intention d’en suspendre la 
marche, cette affection n’a point empiré pendant 
plus de vingt-cinq jours qu’a duré notre épreuve j 
et les premières applications d’un topique stimu- 
lant ont sufti pour la faire disparaître. 

Nous avons observé d’autres exemples de l’état 
stationnaire de la pourriture parmi les malades 


(i) Le bâtiment principal de l’hôpital Saint - Eloi de 
Montpellier est construit sur d’assez bons principes j mais 
il est place dans l’intérieur de la ville , et dans un quartier 
resserré , par conséquent d’une manière désavantageuse. 
Des améliorations importantes seraient le dégagement des 
rues adjacentes, et l’addition d un jaidin spacieux, qui 
ménagerait des courans d’air plus commodes pour l’interu-ur 
de la maison, et qui donnerait un lieu de promenade pour 
les malades. 


d’hôpital. 5y 

placés dans les salles les plus vastes. Dans les coiuTes 
absences que nous n’avons pu nous dispenser de 
faire pendant le cours de l’épidémie , il nous est 
arrivé de nous éloigner en emportant des craintes 
sur l’état de certains blessés , que nous recomman- 
dions à l’attention particulière de nos suppléans : 
nous avons été rassuré en les retrouvant , à notre 
retour, dans l’état où nous les avions laissés, et 
nous restions ainsi dans l’incertitude. Cependant 
les symptômes persistant malgré qu’ils fussent de 
peu d’importance , nous nous déterminions à agir, 
et la nature du traitement qui nous réussissait, 
dissipait tous nos doutes, nous démontrait le ca- 
ractère de la maladie , et nous prouvait tout à la 
fois qu’elle était demeurée stationnaire pendant un 
certain temps. 

Nous n’avons guère fait d’observaVions de ce 
genre sur des malades placés d’une manière dan- 
gereuse, dans des salles étroites, peu aérées, et 
autour de ceux qui se trouvaient profondément 
affectés de pourriture d’hôpital j mais nous en avons 
fait de plus étonnantes dans ces mêmes conditions. 
Au milieu des foyers d’infection les plus redou- 
tables, dans des espaces resserrés et où étalent 
réunis plusieurs blessés gravement affectés de pour- 
riture , nous avons vu des plaies résister long- 
temps, échapper même complètement à la conta- 
gion j et , ce qu’il y a de plus étrange , ces obser- 
vations n’ont pas toujours été fournies par les sujets 
les plus forts et par les plaies les moins étendues. 


POURRITURE 


Il est même arrivé que quelques-uns de ces ma- 
lades ont cédé à l’influence du contagium sur 
l’ensemble de la constitution , qu’ils ont contracté 
le typhus, et qu’ils ont cependant échappé à la j 
pourriture d’hopital. Y aurait-il eu, dans ces cas, ; 
des dispositions négatives, par rapport au principe ; 
contagieux , de la part de la surface suppurante ? 

Le premier de tous les dangers attaches a la 
pourriture d’hôpital est la destruction des parties 
qu’elle intéresse. Cet effet, inséparable des moindres 
progrès de la maladie , est incontestable , comme 
il est facile de le démontrer par la disparition 
successive de tous les organes quelle met à de- 
couvert. Parmi les observations nombreuses que 
nous pourrions citer à cet égard , nous nous 
contenterons de celle d’un Allemand, blessé par 
une balle & la région du grand trochanter. La 
plaie était petite et n’intéressait que les légumens,* 
mais elle acquit bientôt une étendue considérable 
par la destruction de la peau , que détermina la 
pourriture d’hôpital. La plaie formait une surface 
d’environ six pouces dans tous les sens; U y avait 
peu d’engorgement dans les bords et dans les 
parties environnantes; le muscle ^rand fessier 
était à nu dans une fort grande étendue : tel 
était son état lorsqu’il fut reçu k l’hôpital Saint- 
Eloi. La pourriture fut arrêtée une première fois, 
et la plaie devint vermeille et bien conditionnée. 
Une seconde infection fit des progrès très-rapides, 
détruisit la presque totalité du muscle grand fessier, 


d’hôpital. Sg 

et découvrit le moyen , en l’altérant légèrement. 
Deux autres accidens semblables consommèrent la 
ruine totale des parties molles occupant la fossô 
iliaque externe; et le malade est mort ayant l’ar- 
ticulalion iléo-fémorale presque entièrement dé- 
charnée dans une très-grande étendue. 

Les hémorragies graves que l’on voit survenir 
quand la pourriture d’hôpital s’établit dans une 
région où existent des vaisseaux principaux , at- 
testent également que cette maladie opère de vé- 
ritables pertes de substance, quoiqu’elle n’agisse 
pas de la même manière que la gangrène. Si l’on 
examine attentivement ce qui se passe lorsque les 
vaisseaux ont été dénudés de la sorte , on voit 
qu’après avoir été isolés et dépouillés des parties 
qui les environnent immédiatement , leurs parois 
se laissent entamer par l’ulcération spécifique, et 
disparaissent successivement. 

On peut s’assurer aussi par les cicatrices pro- 
fondes et adhérentes par lesquelles se terminent 
les piaies qui ont été soumises à cette affection, 
qu’eile a |Trodnit une véritable perte de substance. 

Ge résultat constant donne toujours un accrois- 
sement prodigieux an^ plaies qüi ont été long- 
temps entachées ; la guérison en devient d’aulnnt 
p!(« difficile ; la cicatrisation no peut plus être 
obtenue qu’au bout d’un temps très-long , avec 
des peines infinies , et quelquefois même elle 
est absolument impossible. Les LlcSsés font alors 
un séjour très-proiongé dans les hôpitaux , ce qui 


Go 


poumiiTüiie 


les expose à des rechutes fréquentes et d’autant 
plus dangereuses. On observe , en effet , que 
la contagion ne réussit jamais mieux et n’a des 
effets plus assurés et plus graves, que lorsqu’elle 
sbxerce sur des sujets et sur des plaies qui l’ont 
essuyée récemment et pendant long-temps : aussi 
est -il assez commun que les malades qui l’ont 
éprouvée d’une manière assez grave pour qu’il 
en soit résulté des plaies fort étendues , finissent 
par périr dans les hôpitaux par l’effet des re- 
chutes fréquentes et de l’affaiblissement pro- 
gressif qui en est la conséquence ; à moins qu’on 
ne s’empresse de les soustraire à la cause de cette 
complication , et qu’ils ne puissent s’éloigner des 
hôpitaux. 

Dans le cas même où ceux qui ont déjà éprouvé 
les effets destructifs de la pourriture d’hôpital sont 
assez heureux pour éviter les rechutes, ils ne sont 
pas à l’abri de tout danger. La dévastation pro- 
duite par cette maladie peut être telle, qu’il en ré- 
sulte des désordres incurables , ou mortels de leur 
nature. La peau peut être détruite dans une très- 
grande étendue ; le tissu cellulaire peut avoir été 
ruiné dans l’intervalle des muscles, au point de 
les, isoler, de les disséquer dans la totalité d’un 
membre; ces organes eux-mêmes peuvent avoir 
disparu en tout ou en partie. Rien n’est plus 
commun que la destruction ou la mortification 
des tendons ; les vaisseaux et les nerfs principaux 
ne sont pas épargnes ; les articulations les plu§ 


R'IlüPITAT.. C)X 

grandes et les plus importantes sont souvent pé- 
nétrées et détruites ; les os sont rapidement dé- 
pouillés et nécrosés , etc. Il peut donc résulter de 
cette maladie des plaies énormes que la nature ne 
peut cicatriser, des suppurations intarissables et 
ruineuses, l’atrophie, la paralysie, l’impotence des 
membres, des ankylosés, des nécroses fort éten- 
dues , et dont les suites peuvent être fort dange- 
reuses. Ces conséquences fâcheuses auraient fait 
périr un grand nombre de nos malades , si nous 
n’avions pris souvent, en pareil cas, le parti de 
pratiquer l’amputation. 

On a vu, par les tableaux que nous avons exposés 
précédemment, que si, dans quelques cas, la pour- 
riture d’hôpital peut subsister un certain temps 
sans produire aucun effet dangereux, ou même 
aucun effet sensible sur la constitution j le plus 
souvent, au contraire, il en résulte, au bout de peu 
de jours, une réaction générale plus ou moins 
grave. Nous avons démontré de même que si, le 
plus ordinairement’ on peut croire que le trouble 
général excité consécutivement par la pourriture 
consiste dans une affection pure et simple du sys- 
tème nerveux , dans quelques cas aussi il est très- 
probable qu’il s’est fait une absorption du délétère 
contagieux : ce qui donne lieu à une affection gé- 
nérale putride, qui peut survivre à l’aft’ection locale, 
et subsister plus ou moins long-temps d’une ma- 
nière indépendante. Le plus souvent donc, pour 
estimer les dangers probables de la pourriture 


POüRRITL'RE 


C)7. 

d’hôpilal , il faudra joindre à ceux qui résullcnt 
d’une dévastation plus ou moins étendue de la 
partie affectée, ceux qui peuvent être la consé- 
quence de rébranlement général, soit qu’il consiste 
dans une affection nerveuse, soit qu’ily ait des motifs 
plus graves et une véritable cause matérielle. Dans 
les cas les plus simples de celte espèce , on sent 
combien peut devenir dangereuse la secousse que 
le système nerveux a éprouvée, combien la faiblesse 
et rimpresslonnabiiilé peuvent devenir grandes, 
combien cette espèce de malades doit être exposée 
à l’action de toutes les causes générales de maladie , 
et pendant la duree de l’affection locale, et long- 
temps après sa guérison. On sent aussi que , dans 
les cas où une absorption putride est présumable, 
elle peut avoir les conséquences les plus redou- 
tables. En général , un praticien prudent ne saurait 
être tranquille sur le sort d’un blesse dont la plaie 
est entachée de pourriture d’bopilaV, fuL-ce de lai 
manière lu plus superficielle. 

§ XII..-; 

Dans l’exposition de ce que l’observation nous a 
appris touchant le traitement de cette funeste ma- 
ladie, nous distinguerons le traitement local et le 
traitement général : il ne s’agira que du premier 
dans ce paragraphe. ' 

. Tant que nous avons pu partager l’opinion géné- 
ralement reçue, que la pourriture d’hôpital est le 
symptôme de la coaslilulion épidémique régnante, 


D’iIOriTAL. C)1 

nous avons dû faire peu de cas du traitement local, 
et tous les topiques ont dû nous paraître à peu près 
indiflTérens. Nous n’avons pas été très-ion g-temps 
dans cette erreur; elle n’a subsisté que le temps 
nécessaire pour recommencer des observations que 
nous pensions avoir faites avec exactitude , mais 
desquelles il était naturel de douter, en voyant un 
si grand nombre de praticiens respectables et d’écri- 
vains célèbres avoir une opinion contraire à la 
nôtre. Nous avions vu cette maladie' dans trois épi- 
démies meurtrières ; nous y avions puisé la convic- 
tion qu’elle étùit essentiellement le résultat d’une 
contagion locale. Nous avions vu des hommes 
éclairés faire de- grands efforts pour la dompter par 
un tcaitement médical, et toutes leurs tentatives 
avaient été vaines. Il en avait été de même do 

t 

quelques méthodes empiriques de traitement local, 
dont l’efficacité iwait été très - vantée , et qui 
échouèrent également. Nous avions repris alors les 
idées de Pàutèau; et, comme lui, comparant l’état 
dès choses aux suites ordinaires de la morsure des 
animaux enragée y ou de l’introduction de tout 
autre délétère dont les effets doivent d’abord être 
loèaux , nouS'pcftsâines que la prompte destruction 
des parties déjà affectées et de celles qui étaient 
menacées d!e l’être prochaineriient , d’evait arrêter 
les èfffils delà contagion. Pendant deux ans, tous 
les blessés affectés de pourriture, à l’hôpital de- 
Toulouse, furent dirigés par nous d’après ces prin- 
cipes , ét ün grand nombre furent arrachés à des 


POURIUTUHE 


Ci 

souffrances inouïes et à une mort assurée. Cepen- 
dant un certain nombre échappait encore à tous 
nos efforts; nous n’avions pu trouver la raison de 
cette résistance; et ce vide dans la doctrine que nos 
observations semblaient avoir naturellement établie, 
nous rendit d’autant plus circonspect lorsque nous 
nous vîmes , à Paris , entouré d’hommes éclairés 
qui devaient avoir beaucoup vu , et dont les opi- 
nions étaient tout-à-fait opposées à la nôtre. Nous 
doutions alors s’il n’arriverait pas tour à tour, 
tantôt que la pourriture d’hôpital serait contractée 
par la surface suppurante , tantôt .qu’elle serait le 
résultat de l’absorption des miasmes .çontayieux, et 
de leur action consécutive et indirecte sur üjie 
plaie. Nous concevions, s’il éû était ainsi , pourquoi 
l’on avait pu guérir par un traitement général , et 
comment nous avions pu r’éussir nous-même par 
une méthode opposée, et en nous occupant seule- 
ment de la plaie. Si telle était la vérité, la nature 
des faits observés de part et d’autre ne devait pas 
avoir été la même,. et l’erreur devait se trouver 
dans l’extension forcée que chacun donnait à ses 

observations. ~ 

Cette pensée nous occupa beaucoup i nous finieS( 
des reCherehes et des observations ripmbreuses qui- 
ne firent pas cesser notre embarras. Nous retrou- 
vâmes beaucoup de cas dans lesquels les procédés 
locaux étaient victorieux; mais nous reirouv-âmes. 
aussi de ceux où nous ne les avions pas ms obtuirr 
les mêmes succès. Cependant les indications médi- 


d’hôpital. 65 

cales n’e'taicnt pas évidentes; la tliérapemiqne ne 
pouvait être fondée sur des principes certains, et 
l’insuccès des méthodes {générales de traitement 
fut le même que celui des procédés locaux. Le 
seul fruit que nous retirâmes de ce travail , fut 
la remarque importante que celle maladie était du 
nombre de cellés que les écrivains se sont con- 
tentés de nommer, et qu’ils n’ont pas pris la peine 
de décrire. Nous ne fûmes pas loin , en observant 
de concert avec les autres , sans nous apercevoir 
du vague qui règne dans la formation du dia- 
gnostic ,• et nous conçûmes sans peine toutes les 
inexactitudes qui devaient avoir découlé de ce 
principe. Nous résolûmes donc de profiter de la 
première occefsion favorable pour faire encore des 
observations nombreuses et approfondies , et de 
nous attacher surtout à distinguer les différences 
que cette maladie pouvait présenter dans son dé- 
but, dans sa marche, dans ses modes de tenni^ 
liaison, dans ses complications, etc. C’est pendant 
l’épidémie de Montpellier, et à la faveur des cir- 
constances heureuses où nous nous sommes trouvé 
placé , que nous avons pu faire ce travail. 11 en 
résulte que nous n’avions connu jusque-là que la 
pourriture pulpeuse ; que cette espèce est aussi la 
seule qui ait été connue jusqu’ici des praticiens , 
et la seule que l’on puisse reconnaître dans leurs 
descriptions , à travers le vague et l’inexactitude 
de leur langage ; que les fusées profondes et clan- 
destines de la pourriture dans le tissu cellulaire 


POURRITURE 


66 


'5 


inter-ransculaire , ont été inconnues: du moins, 
les écrits publiés jusqu’à présent et qui sont venus 
à notre connaissance , ne contiennent-ils rien qui 


puisse être rapporté à ce funeste accident. Enfin , 
le tableau de l’affection générale qui accompagne 
la pourriture d’hôpital, a été tracé avec lieaucoup 
de négligence , soit faute de l’avoir observée avec 
assez de soin , soit par la prévention on l’on est 
encore que l’affection générale étant toujours la 
maladie essentielle , elle doit présenter des carac- 
tères propres à la faire ranger parmi les espèces 


connues. 

Cette erreur a pris sa source dans les compli- 
cations dont la pourriture d’hôpital est susceptible. 
Alors, en effet, on peut recueillir les symptômes 
de l’une des afl’ections générales connues j et il 
est tout simple qu’elle se trouve en rapport avec 
la constitution atmosphérique et avec l’épidémic 
régnante -, il est encore naturel que le traitement 
méthodique de l’affection générale complicante , 
fasse disparaître les symptômes qui lui sont propres, 
et allège d’autant le malade. Jusque-là voilà la 
vérité. Mais a-t-on jamais guéri de la sorte la 
pourriture d’hôpital? Ici se trouvent des erreurs 
peu connues, et dont il importe d indiquer les 

causes. 

Nous avons souvent observé que , faute d’avoir 
de bonnes descriptions à consulter , les praticiens 
confondaient avec la pourriture d’hôpital une foule 
d’affections locales différentes, surtout si elles mar- 


d’hôpital. 67 

cliaient de concert avec une affection générale. 
Or, il n’y a presque pas de fièvre qui ne dé- 
range une plaie j cette dernière recouvre ses con- 
ditions naturelles dès que la cause qui les avait 
altérées vient à cesser : si l’on commet une er- 
reur dans la détermination de l’affection locale, 
on sent les fausses conséquences qui pourront 
être déduites. 

Nous sentons bien que cette discussion pourrait 
être tournée en simple dispute de mots , si l’on 
s’obstinait à donner le nom de pourriture d’iiô- 
pital à toute altération de l’état naturel d’une 
plaie , survenue dans un rassemblement nom- 
breux de malades , et accompagnée de fièvre ou 
de toute autre affection générale. Mais d’abord 
il n’y a pas que la pourriture d’hôpital qui puisse 
entraver la marche de la nature dans la cicatri- 
sation des plaies ; et nous-môme, occupé presque 
exclusivement , depuis près d’un an , de l’obser- 
vation attentive de cette maladie , nous- même 
que cette préoccupation pouvait offusquer et 
conduire à dénaturer quelques faits , nous avons 
eu souvent quelque peine à ne pas confondre avec 
la pourriture des affections de tout autre nature , et 
dont on observe les analogues dans d’autres cir- 
constances tout -à-fait différentes. Ainsi , nous 
avons vu, dans le cours de la fièvre bilieuse , de 
la fièvre catarrhale , du typhus lui-même , la sur- 
face des plaies se dessécher , former une escarre 
superficielle qui se sépare lors du jugement de 


POURRITURE 


G8 

la fièvre, et qui découvre alors une nouvelle sur- 
face suppurante, douée des conditions les plus lé- 
gitimes. Mais attendu que ce phénomène , ob- 
servé de tous les temps , se manifeste dans les 
cas analogues et dans des conditions bien difTé- 
rentes de celles où l’on volt se développer la 
pourriture , nous n’avons pas cru que ce fût 
cette maladie que nous venions de voir marcher 
de la sorte , et sous l’influence manifeste et di- 
recte d’une affection générale. 

Mais, dlra-t-on, qu’est-ce donc que la pourri- 
ture d’hôpital? Nous ne répondrons pas par une 
description: notre réponse n’aurait rien de bien 
concluant. Il est incontestable que cette maladie 
est contagieuse : la masse de faits dont nous avons 
exposé le résultat , ne permet plus d’en douter. 
Que l’on place à dessein le conlagiuin sur des sur- 
faces suppurantes j que l’on multiplie ces inocu- 
lations; qu’on en observe les suites, et qu’on en 
fasse le prototype de l’affection : ainsi reproduite 
par elle-même, ainsi tirée d’une source irrépro- 
chable , nous osons délier les praticiens de bonne 
fol de la guérir par le seul secours d’une méthode 
générale de traitement; en tenant compte tou- 
tefois des cas trè^-rares de guérison spontanée, 
lesquels ont toujours une raison plausible , et ne 
pourront jamais faire la matière d’une discussion 
embarrassante , dans l’expérience que nous pro- 
posons. Pour nous, cette expérience est faite; les 
résultats nous en sont connus ; et c’est de-la que 


d’hôpital. 6 g 

nous tirons Dissnrance et la franchise avec les- 
quelles nous énonçons notre opinion. 

D’un autre côte, nous avons déjà remarqué que 
la pourriture ulcéreuse n’est point connue , on 
du moins distinguée de l’espèce pulpeuse ^ dont 
la forme et les conséquences sont si dilFérentcs. 
Or, nous sommes assuré que cette première es- 
pèce , dans laquelle un topique peut être appliqué 
immédiatement, et sans rintorposiilon que forme 
la masse putrilagineuse dans la seconde , peut 
être combattue avec succès dans quelques cas par 
des applications stimulantes. Ainsi, nous avons 
vu l’acide acétique , même le vinaigre , l’acide ci- 
trique , l’acide sulfurique affaibli , l’acide muria- 
tique étendu d’eau , l’onguent égyptiac , réussi? 
dans celte sorte de cas. Nous avons la certitude ac- 
quise par l’observation , que le succès de quelques- 
uns de ces topiques , et notamment de l’acide ci- 
trique et de l’onguent égyptiac , a été attribué 
à un traitement général , et particulièrement à 
l’usage des évacuans. Lorsque les symptômes gé- 
néraux sont le résultat de la réaction exercée par 
la pourriture, il est inouï qu’ils ne cèdent pas à 
l’emploi des moyens locaux par lesquels on ar- 
rête les progrès de cette dernière. Lorsqu’en même 
temps il existe une complication , et qu’elle est 
attaquée méthodiquement , tandis que l’affection 
locale est poursuivie par des nmyens capables 
d’en triompher, est-il étrange que l’un et l’autre 
cèdent à la fois? et faut-il s’étonner que ceux 




O POtJRRITÜRE 

qui ont fait de semblables observations aient été 
séduits par les apparences? 

Après avoir ainsi fixé l’opinion touchant les 
principes des méthodes de traitement que nous 
croyons convenir à la maladie qui nous occupe , 
nous allons faire connaître les procédés qui nous 
ont réussi le plus constamment. 

Comme nous venons de rindlquer , on observe 
que , peu de temps après son début , et si elle ne 
fait pas de grands progrès , la pourriture ulcé- 
reuse peut être arrêtée par des applications sti- 
mulantes. Le vinaigre a long -temps été le seul 
topique dont les propriétés, sous ce rapport, nous 
fussent connues; mais nous avons depuis trouvé 
des propriétés analogues dans plusieurs autres 
acides. L’acide citrique avait été vanté, et nous 
avons vérifié son utilité. Il en est de même des 
acides sulfurique , nitrique et muriatique. Les deux 
acides végétaux peuvent être employés purs. Il 
n’est pas nécessaire, pour l’utilité qu’on peut s en 
promettre, que les acides minéraux soient em- 
ployés dans un état de concentration considérable : 
au contraire , ils peuvent être fort affaiblis et 
n’en être pas moins propres à cet usage. Ces li- 
quides étaient employés sous forme de fomen- 
, talion : la charpie en était pénétrée, et Ion 
humectait fréquemment l’appareil. Le vinaigre 
commun est celui de ces topiques que nous ^'^tins 
le plus fréquemment mis en usage; et quoiqui^ 
fût impossible ck n’en pas employer de qualité 


d’hôpital. 


71 

médiocre , à cause de l’énormité de la con-- 
sommation , nous en avons cependant retiré de 
jïrands effets. Toutes les fois que nous avons vu 
débuter la pourriture d’iiôpital ulcéreuse ^ qu’elle 
n’a point entrepris d’emblée de trop grandes sur- 
faces ; lors surtout qu’elle n’a point formé des 
le début des alvéoles profondes et remplies tout 
aussitôt d’une suppuration tenace et abondante; 
lors, au contraire, qu’elle a intéressé légèrement 
et superficiellement la totalité d’une surface sup- 
purante d’une étendue médiocre ; que la ténacité 
et la quantité de la suppuration n’en ont pas formé, 
de suite une interposition imperméable"^ ip vi- 
naigre, appliqué et entretenu immé^iatenient en 
contact avec les parties entachées, a fréqueinpient 
effacé les premiers symptômes de l’affection spé- 
cifique; et, dans les cas les moins favorables, il 
en a sensiblement retardé la marche. Nous avons 
vu quelquefois de semblables effets produits par 
l’application de l’onguent égyptlac ; mais ils ont 
été beaucoup moins communs , et surtout moins 
rapides que ceuK qui ont résulté de l’application 
du vinaigre. Peut-être l’acide acéteux que ce to- 
pique contient est-il la cause des heureux effets 
que nous lui avons vu produire. 

Le vinaigre , l’acide citrique , et les ^acides mi- 
néraux affalblks , réussissent beaucoup moins dans 
la pourriture pulpeuse , même lorsque ces ap- 
plications peuvent être faites dès le principe de 
l’aâfeoiion. Il paraît que l’interposition formée par 


POURRITURE 


73 

la fausse membrane, en s’opposant à rapplicalîon 
immédiate de ces topiques , est la cause de leur 
insuccès. En elTet, lorsque voyant débuter cette 
espèce de pourriture , nous avons pris le soin de 
détruire la couche blanche dont la plaie se re- - 
couvrait , èt d’appliquer les topiques immédia- 
tement, nous avons mieux réussi. Nous prenions 
un tampon de linge gros et dur , nous en fai- 
sions des frictions réitérées sur la surface sup- 
purante , dans l’intention d’user , de déchirer , 
de râper , pour ainsi dire , la fausse membrane 
qui la voilait. Par ce procédé nous ensanglan- 
tions ja' totalité de la plaie J et ce phénomène, 
lorsqu’il étq^t général, pouvait être pris pour un 
signe^ile boTi augure. Le vinaigre que l’on pouvait 
répa^dFe sur. la plaie sans causer la moindre 
douleur, avant cette petite opération, ne pouvait 
plusjfclre versé sur la surface renouvelée fraî- 
che^nt , sans causer des sensations très -vives. 
Si en môme temps la totalité de la fausse mem- 
brane se trouvait détruite , on pouvait être pres- 
que assuré que le soin d’entretenir l’acide acéteux 
en contact immédiat avec la plaie , suffirait pour 
arr^er les progrès de la pourriture , et pour la 
faii^ disparaître. Mais on sent combien la des- 
truction complète de la fausse membrane doit 
être difficile : tous les points de son étendue qui 
recouvrent les parties saillantes des bourgeons 
charnus sont faciles à détruire, parce qu’ils sont 
exposés immédiatement aux frottemens ; mais il 


d'hôpital. 73 

est difficile de l’atteindre dans les espèces de rai- 
nures qui séparent ces mêmes bourgeons ; d’ail- 
leurs, pour être facilement usée ou détachée, il 
faut que la fausse membrane soit mince , molle 
et peu adhérente : or, elle peut acquérir des 
propriétés contraires , même en peu de temps. 
Cependant tout ce qui n’aura pas été dépouillé, 
et immédiatement soumis à l’action du topique 
acide , retiendra le principe de l’affection. Seu- 
lement , cette dernière ayant été réduite à une 
moindre étendue, fera des progrès moins rapides 
et moins généraux j et si la fausse membrane est 
restée intacte , si l’on n’a pas entreprj^^sa ^des- 
truction avant l’application du topique ^ c’est inu- 
tilement que ce dernier est employé, à lüoluj^ue 
l’acide dont on a fait choix ne soit assez^on- 
cenlré pour agir à la manière des caustiques. 
Nous avons observé quelques bons effel^dc 
la poudre de charbon , entretenue avec le plus 
grand soin sur la surface Infectée ; mais uous 
nous sommes assuré, par des expériences réitérées 
et prolongées , que l’efficacité de ce médicament 
est bornée comme celle du vinaigre et des aitr 
très acides, et qu’elle ne doit être admise qu’aV^ 
de grandes restrictions , si' l’on ne veut encou* 
les dangers qu’entraîne une confiance démesurée, 
et ceux de l’Incurie qui en sont la conséquence. 
La poudre de charbon ne peut avoir de succès 
que dans la pourriture ulcéreuse , probablement 
par les mêmes raisons qui bornent l’ulilitc des 


rOURRlTURE 

acides végétaux et celle des acides minéraux af- 
faiblis : du moins , n’avons-nous jamais vu ce 
topique avoir des avantages sensibles dans les 
cas de pourriture pulpeuse , quoique nous l’ayons 
employé nous-mèine en pareil cas avec toute la 
persévérance que la prudence nous a permise , et 
quoique nous ayons reçu à l’hôpital Saint-Eloi 
une quantité prodigieuse de blessés afFectes de 
cette espèce de pourriture a un degre déjà très- 
dangereux , et dont les plaies , encore recouvertes 
de charbon , avaient été pansées de la sorte pendant 
long -temps, quelquefois même dès le début de 
la maladif , d’après le rapport des malades, et sur 
le témoignage de personnes éclairées et dignes 
de £oû^ 

flfeîaudralt meme pas admettre que le charbon 
réunit dans tous les cas de pourriture ulcéreuse. 
Nous avons la certitude qu’il échoue toutes les fois 
qife l’ulcération creuse des alvéoles profondes , 
lesquelles se remplissent bientôt d’une maiiere 
abondante et tenace; il est également insuffisant 
dans les cas de pourriture ulcéreuse toute dis- 
posée en superficie ou en surface plane , mais 
> affectant d’emblée la totalité d’une plaie étendue , 
f surtout si l’infection a déjà une date ancienne. 
Il semble que, dans le premier cas, l’interf^sition 
%mée pa^ la matière tenace dont les chairs sont 
’fécouvertes , s’oppose a l’action immédiate u 
charbon sur les parties infectées, et que de -la 
vienne le défaut de succès. On ne voit pas aussi 


d’hôpital. 75 

clairement pourquoi il ne réussit pas dans le second 
cas J à moins d’admettre que quand la pourriture 
existe depuis long-temps sous cette forme, le coti- 
tagiurn a porté son action trop profondément pour 
que ralRuité du charbon puisse l’y poursuivre. Quoi 
qu’il eu soit, voici ce que nous avons observé à la 
suite de l’emploi du charbon dans ce dernier cas : 
dès les premières applications, la fétidité disparaît, 
du moins en très-grande partie , et quelquefois 
même totalement; la douleur que la pourriture 
produisait auparavant se maintient, et devient 
même ordinairement plus intense ; la plaie devient 
non-seulement vermeille , mais encore d’un rouge 
plus foncé que dans l’état naturel : on dirait 
qu’elle est ihise, par l’action du topique, dans un 
véritable état inflammatoire; cependant elle conti- 
nue de s’étendre , souvent avec plus de lenteur 
qu’elle ne faisait auparavant, mais quelquefois avec 
la même rapidité. Si l’on examine attentivement les 
bourgeons charnus de la surface suppurante, on 
voit qu’ils n’ont pas repris la disposition 
qui leur est naturelle , et qu’ils ont conservé la 
forme conique-aiguë qui accompagnait le premier 
développement de la pourriture; seulement on ne 
retrouve pas aussi généralement la teinte sanglante 
qu’ils présentaient à leur sommet; enfin, la sur- 
face suppurante ne fournit plus de matière icho- 
reuse , mais une exsudation dont les caractères ap- 
prochent davantage de ceux du pus , tout en con- 
servant néanmoins la propriété contagieuse. 


PDUniUTUUE 


76 

Dans les cas 011 la pourriture ulcéreuse procède 
par un ou plusieurs points isolés, le charbon ne 
peut être mis en contact immédiat avec les chairs. 
Alors la fétidité diminue seulement , mais ne dispa- 
raît jamais complètement^ on ne voit pas cesser la 
douleur, signe certain des progrès ultérieurs de la 
maladie ; les ulcérations distinctes continuent à s’é- 
tendre. En eflet, elles se réunissent, et la pourri- 
ture marche avec autant de rapidité que si l’on 
n’avait fait aucun effort pour l’arrêter. 

Lorsque la pourriture ulcéreuse est récente , su- 
perficielle, et surtout quand elle n’affecte qu’une 
partie de la surface suppurante, la poudre de 
charbon réussit communément. Alors, avec la fé- 
tidité, on voit disparaître la plus grande partie de 
la douleur. La plaie n en contracte pas moins une 
teinte plus foncée; les environs présentent même 
un engorgement peu étendu, mais consistant, au 
Heu de l’œdème dont ils étaient affectés; l’ulcération 
s’arrête et ne fait pas de nouveaux progrès : der- 
nier phénomène qui mérite d’autant plus de consi- 
dération , qu’il est le plus ostensible, celui dont on 
peut juger au premier coup d’œil, et qui présage le 
plus sûrement l’heureux effet de l’emploi du topique 
dont il s’agit. 

Jusque-là, on peut remarquer quelques analo- 
gies d’efficacité et d’impuissance entre les acides et 
la poussière de charbon. Tous ces topiques ont be- 
soin d’un contact immédiat pour agir, et leurs ef- 
fets sont nuis dans tous les cas où les phénomènes 


d’hôpital. 77 

de la maladie mettcni un obstacle à celte condition 
essentielle. Dans l’emploi des uns et des autres, 
l’irritation paraît nécessaire pour que l’ou puisse 
s’en promettre d’heureux elTots. Enfin l'sfont dis- 
paraître la fétidité avant même d'avoir arrêté les 
progrès de la maladie; et ce phénomène est encore 
remarquable dans L seas où ces topiques sont in- 
capables d’arrêter la marche de rafTccllon locale. Il 
nous paraît très-probable que les uns et les autres 
ont deux modes d’action , desquels dé])cnd leur ef- 
ücacité : la propriété désinfectante qu’ils exercent à 
la faveur de leur affinité pour les miasmes animaux 
pulrescens ; la propriété irritante, de laquelle il ré- 
sulte peut-être un accroissement d’action tel, que 
les parties vivantes , pénétrées de molécules conta- 
gieuses, acquièrent la faculté de les digérer , de les 
assimiler. Il est Impossible, sans doute, de raisonner 
a priori sur un sujet de cette nature; mais il nous 
semble que les inductions naturelles des faits que 
nons venons d’exposer , permettent d’établir les 
propositions suivantes : 

1°. Il existe à la surface d’une plaie infectée 
de pourriture d’hôpital une certaine quantité de 
miasmes animaux, contagieux, libres et suscepti- 
bles de combinaison immédiate avec les divers réa- 
ctifs qui ont avec eux de l’affinité. 

2®. Ces miasmes sont abondans.Ils ne paraissent 
pas provenir de la matière qui a exercé la conta- 
gion sur la surface dont ils émanent ; il paraît, au 
contraire , que la surface infectée acquiert la pro- 


POURRITURE 


78 


j)rlété de reproduire une matière en tout semblable 
à celle qui lui a communiqué l’infection , et que 
telle est la source de l’atmosphère contagieuse qui 
l’entoure. 

3“. Des miasmes de la même nature paraissent 
engagés plus ou moins profondément dans l’inti- 
mité des parties affectées : les uns paraissent rési- 
der dans la matière puriforme tenace , ou dans la 
couche pntrilagineuse qui les recouvre; les autres 
paraissent avoir leur siège dans l’épaisseur même 
des parties qui constituent la surface suppurante (i). 

4°. Lorsque ces derniers ne sont pas trop abon- 
dans, trop actifs, ou placés à une trop grande pro- 
fondeur, il paraît qu’ils peuvent être domptés par un 
accroissement d'action dans les parties vivantes qui 
les recèlent , et qui tend , sans doute , à les dénatu- 
rer, à les assimiler en leur enlevant la tendance pu- 
trescente, et rétablissant les conditions naturelles 
de l’animalisation. 

5®. Les propriétés des topiques irrltans, sous le 
rapport de cet accroissement d’action à développer 
dans les parties vivantes saturées de miasmes con- 
tagieux , paralysent très-bornées. 


] 

1 


1 


(1) Nous verrons, plus bas, que lorsqu’on emploie le 
procédé de la cautérisation pour arrêter les progrès de la 
pourriture , les escarres retiennent manifestement la matière 
contagieuse, et que si on ne les tient pas en contact avec 
des substances désinfectantes, elles peuvent reproduire la 
contagion. 


d’hüpitat,. 79 

G“. Les topiques dcsinfectans ne paraissent pas 
pouvoir étendre leurs propriétés jusqu’à cesmiasmcs 
eiji^a^és dans l’intimité des parties vivantes : leur 
action est absolument bornée à la surface. 

7°. Il est probable que ces miasmes profonds ré- 
sultent de la propriété qu’ont acquise les parties in- 
fectées, de reproduire la matière contagieuse : pro- 
priété qui paraît s’exercer dans l’intimité des parties, 
comme à la surface extérieure. 

8®. Qjielques faits prouvent que les miasmes 
fournis par les plaies infectées de pourriture sont 
absorbés par le système lymphatique. N’est-ce pas 
surtout ceux de ces miasmes qui se trouvent placés 
à une telle profondeur, dont les vaisseaux absor- 
bans s’emparent? Ainsi , l’absorption ne peut-elle 
pas avoir lieu, malgré l’application assidue des subs- 
tances désinfectantes , lorsqu’elles ne réunissent pas 
à cette propriété celle d’une excitation sulFisanie, 
par rapport aux parties vivantes pénétrées de ma- 
tière contagieuse, pour que ces dernières digèrent, 
à proprement parler, les miasmes dont elles sont 
saturées? C’est ainsi , peut-être, que nous avons 
vu éclater l’affection générale , tandis que la sur- 
face infectée était couverte de poudre de charbon, 
et que toute fétidité avait disparu. 

9”. Ces mêmes miasmes contagieux, engages dans 
l’intimité des parties , ne sont-ils pas capables 
d’entretenir les progrès de l’affection locale , tandis 
que l’atmosphère putrescente de la surface a dis- 
paru ? C’est ainsi probablement que l’on doit en- 


8o 


POURRITURE 


lendre les progrès de rulcéraiion dans la pourriture 
ulcéreuse superficielle, mais étendue et ancienne , 
pendant que l’application assidue de la poussière 
de charbon a fait disparaître, toute fétidité dans la 
plaie , y entretienj; un état inflammatoire mani- 
feste , et a rendu aux exsudations les caractères du 
pus le plus légitime. 

10°. Enfin, les faits de cette nature ne sont- 
ils pas propres à prouver que Tulcération et la 
perte de substance qui caractérisent cette affection , 
sont dues surtout à une activité extrême du système 
absorbant, qui dévore les parties affectées, avant 
que le système nutritif ait eu le temps de réparer 
les destructions opérées par l’absorption ? 

Nous avons eu de nombreuses occasions d’ap- 
précier l’utilité d’une foule d’autres topiques qui 
ont eu leur réputation et leurs preneurs. Parmi 
ces applications, nous citerons particulièrement le 
kina, l’essence de térébenthine, et la pâte de fro- 
ment pendant l’acte de la fermentation. 

On ne pourrait dire d’où l’école d'Édimbour^ 
tira les motifs de la réputation (l’antl-gangreneux 
qu’elle fit au quinquina, à moins que ce ne soit de 
lalrésistance qu’il peut opposer, à titre de tonique, 
aux effets délétères de l’introduction des miasmes 
putrescens dans les cas de sphacèle (i). Cette opi- 


(i) Aux yeux de la plupart des médecins , nous aurons 
Vair d’un blasphémateur , en élevant des doutes sur la pro- 
priété anii-gaugrençuse du kina , en niant même ncUement 


d'hôpital. 8r 

DÎon a fait une grande fortune parmi les prati- 
ciens, et aujourd’hui encore, un grand nombre re- 
couvrent de kina les parties gangrenées C’est par 
une extension de ce même préjugé, et en confon- 
dant la pourriture d’hôpital avec la gangrène , que 
l’on en est venu à penser que, si le kina avait des 
propriétés utiles dans le traitement de cette der- 
nière maladie , elles pourraient être mises à profit 
dans celui de la première. Nous avons pu observer 
scs effets dans ce dernier cas, dans un temps où nous 
ne connaissions pas encore toute la futilité d’une 
telle induction, et nous pouvons aflirmer que nous 
ne l’avons jamais vu répondre aux espérances que 
l’on avait fondées sur lui. Nous n’aurions même pas 
eu l’occasion d’observer et d’éludier attentivement 
la pourriture d’hôpital, à Toulouse, sans l'ineflica- 
cité du kina (i). Nous avouerons que, depuis, nous 

celle propriéle. Nous ne craignons pas d’en appeler au 
jugemenl des obscrvaleurs. O ni- ils jamais, en cas de gan- 
grène, retire d’aulre effel du kina que d’enrayer la marche 
d’une maladie périodique qui l’accompagnait , ou de re- 
tarder les progrès et de modérer les effets de l’affection 
générale adynamique, qui marche ordinairement de concert 
avec la gangrène ? Nous invoquons même le témoignage des 
gens instruits , ne le fussent-ils pas par l’observation de la 
nature, et nous leur demanderons s’ils ont pu se persuader 
qu’il existe un spécifique applicable à tous les cas de gan- 
grène , malgré la variété nombreuse des causes de celte 
affection. 

* (t^^Npus nous plaisons à rendre hommage au désintéres- 
scinciiidu docteur A cloue , alors cliirurgien en chef de l’ho' 

• 6 


POURRITURE 


8a 

ne l’avons guère employé nous-même , mais non^ 
avons reçu un grand nombre de malades qui 
avaient été traités de la sorte dans d’autres hôpi- 
taux,* et toujours, sous le mastic formé par cette 
espèce de pansement, la pourriture avait. fait de 
grands progrès. Dans les cas de pourriture ulcéreuse, 
cette maçonnerie, formée de poudre dekina et d’es- 
sence de térébenthine ,_ en s’attachant aux bords 
de l’ulcération , retient la matière purulente et les 
miasmes contagieux, qui, ne pouvant alors être 
évaporés , ne cessent d’agir sur la surface même 
dont ils émanent. Jamais nous n’avons, en pareil 
cas, rien observé de comparable au travail inflam- 
matoire que la poudre de charbon semble exciter. 
En effet , ce mélange étant incapable d’absorber la 
matière purulente, cette dernière forme une inter- 
position constante qui s’oppose au contact immé- 
diat ) en sorte que , quand bien même le kina joui- 
rait d’une propriété excitante assez marquée 
pour le cas dont il s'agit , il ne pourrait l’exercer , 
faute de rapports assez exacts. Dans la pourriture 
pulpeuse , l’interposition formée par la masse pu- 
Irilagineuse serait bien plus capable de nuire aux 


pilai rallilaire de Toulouse. 11 avait tout tenlé inutileiueiil, 
et nous pouvons assurer que le kina n’avait pas été épargné. 
11 voulut bien nous abandonner, avec le t\oc{.eur Saint- J mire, 
le soin des blessés affectés de pourriture; et c’est ainsi que 
nous avons pu faire nos premières observalious ^urjpetle 
maladie. 


d’hôpital. 83 

propriétés du kina, s’il en avait d’avantageuses. 
Dans ce cas, il est évident qu’il ne peut agir sur la 
■surface ulcéreuse où réside la maladie. Il ne peut 
exercer d’action utile sur la couche putrilagineuse : 
d’abord, parce que cette dernière fournit habituel- 
lement un suintement ichoreux que le kina ne peut 
absorber, pénétré , comme il l’est, par l’essence de 
térébenthine , et parce que cette humeur elle-même 
forme une nouvelle interposition ; en second lien , 
parce que le tanin que le kina contient pourrait 
tout au plus condenser les molécules animales les 
plus superficielles, y arrêter les progrès de la pu- 
tréfaction 5 mais ce principe, qui d’ailleurs a besoin 
d’agir immédiatement , ne saurait rien changer à 
l’état de la partie profonde de cette couche , et par 
conséquent prévenir les effets du contagium qu’elle 
contient. 

Nous sentons bien qu’on pourra nous opposer 
l’autorité de l’usage, qui supposerait le plus souvent 
des avantages reconnus, si les préjugés n’avalent 
pas un si grand empire sur l’esprit des hommes. Le 
quinquina , dira-t-on , est le topique le plus géné- 
ralement employé en pareil cas; s’il était cons- 
tamment inutile, n’aurait-on pas remarqué son 
inefllcacllé? n’aurait-elle pas été dénoncée aux 
praticiens? n’auruit-on pas cherché d’autres mé- 
thodes? Nous répondrons: i°, Que l’application du 
kina n’est pas une méthode tellement générale , 
qu’on n’ait bien cherché à lui en substituer plu- 
sieurs autres; qu’il n’y a peut-être pas une autre 

6. 


g/j rOtJRRITUUE 

affection extérieure pour laquelle on ail propose un 
plus grand nombre de moyens, signe ordinaire de 
l’obscurité dans laquelle est encore plongée une 
question pathologique. 2 °. Si les distinctions que 
nous avons établies sont fondées sur la nature; si 
les descriptions que nous avons^ données sont 

exactes, les unes et les autres étalent luiportantes 

à connaître pour l’exactitude du diagnostic , pour 
celle de robservatloii , pour apprendre à ne pas 
confondre la pourriture d’hôpital avec d autres at- 
fectlons qui lui ressemblent , et pour tirer des con- 
séquences justes de telle méthode thérapeutique. 
Or, nous ne doutons pasque plusieurs observateurs 
exacts n’aient fait les memes remarques que nous^ 
mais il est incontestable aussi qu’un très-grand 
nombre n’aura pas eu des occasions favorables; et 
l’on sent alors tous les doutes qu’il est permis d é- 
lever sur un grand nombre de faits. Les praticiens 
ne pourront trouver notre pyrrhonisme offensant, 
s’ils veulent considérer qu’il ne nous a pas moins 
fallu que le nombre immense de faits que nous 
avons pu observer dans deux épidémies, dont une 
a duré trois ans, pour avoir des idees fixes , des 
principes de quelque solidité, louchant la maladie 
qui nous occupe, et les méthodes curatives que 
Ton peut lui opposer avec succès. 3‘\ La pourriture 
d’hôpital ne peut être observée que dans les hôpi- 
taux surchargés de malades, ou dans d’aiitics lieux 
malsains , pour les mêmes raisons ; les hôpitaux 
militaires sont parllcuUèrcmcnt exposes a cette 


d’hôpital, 85 

condition dangereuse : or , depuis plus de vingt ans, 
le déplacement perpétuel des malades, et l’organi- 
sation du service de santé militaire , ont-ils permis 
de suivre les expériences qultmt pu être faites, d’en 
connaître le résultat? Dans la position où nous 
nous sommes trouvé placé , en rapport avec plu- 
sieurs armées, situées sur une des extrémités 'du 
royaume, et presque dans l’iin^^osslbilité d’évacuer 
nos malades, nous avons eu la commodité de faire 
des observations suivies , et la plupart complètes. 
Alors, nous avons pu juger des méthodes qui avaient 
été employées auparavant, et, comparativement, 
de celles que nous avons mises- en usage. 

"Nous avons reçu un grand nombre de malades 
provenant des hôpitaux d’une vlllé voisine , où 'la 
pourriture était traitée par l’application de la pâte 
de froment pendant lafermentatlon. Nous pouvons 
certifier que ce topique n’a nullement arrêté les 
progrès de la maladie ; et que ceux qui en avaient 
subi l’application pendant long-temps, sont aussi 
ceux qui nous ont founiî les exemples les plus 
insirnctlfs et les plus efïiayans des ravages que cette 
afiectlon est capable d’exercer. Ce résultat n’éton- 
nera personne , sans doute. Ce topique est encore 
plus imperméable pour les miasmes contagieux 
que le mélange de kina et d’essence de térében- 
thine j et ces émanations redoutables, devaient être 
contenues avec d’autant plus d’exactitude sur la 
surface qui les fournissait. (?uanl aux avantages t^ue 
l’on pourrait attendre du dégageiiieiit de quelque 


POURRITURE 


86 

peu de gaz ajide carbonique , ils doivent être bien 
au-dessous de l’inconvénient que nous venons d’in- 
diquer. D’ailleurs , quoiqu’il soit bien démontré 
q ie le charbon est iii»' des meilleurs désinfectans 
que l’on connaisse , il n’est pas démontré s’il jouit 
des mêmes propriétés à l’état d’acide ; et si une 
extrême division pouvait ajouter à sa principale pro- 
priété , ou favoriser du moins l’exactitude de son 
application , et par conséquent . sa combinaison 
avec les miasmes animaux, nous préférerions la 
forme de la fumée à l’état d’acide : mais c’est une 
expérience que nous n’avons pas eu l’occasion de 
faire. 

Des chirurgiens de l’armée anglo-portugaise , 
commandée par milord W sllington , nous ont 
assuré que l’acide muriatique était d’un usage fami- 
lier dans les hôpitaux de cette armée pour arrêter 
la pourriture j ce topique a été employé de meme 
dans quelques hôpitaux de Toulouse, avec le plus 
grand succès. Si la maladie était légère et récente, 
on employait cct acide étendu d’eau; lorsqu elle 
était plus grave , on l’employait concentré et à 
titre de caustique. Mous avons fait usage du même 
luoven , et nous avons eu à nous en louer; mais 
nous avons eu recours à d’autres avant de con- 
naître l’i tllité de celui-là. 

Pleinement persuadé que la pourrilure d hôpital 
n’est que le produit d’une inoculation, nous avons 
pensé que le moyen le plus sûr d’en arrêter les pro- 
grès, serait celui qui détruirait la vie dans les par- 


d’hôpital. 87 

lies (Jiii recèlent le contagium, et dans celles qui 
sont à la veille d’en éprouver l’action : nous avons 
donc eu recours à divers moyens de cautérisation. 
Ceux que nous avons principalement employés sont 
le nitrate d’argent ,1a potasse caustique, les acides 
minéraux et le feu. 

Le premier nous a été médiocrement utile; nous 
n’avons pu en tirer parti que dans quelques cas 
de pourriture ulcéreuse superficielle et récente , où 
il suffit de la plus légère destruction pour envelop- 
per la matière contagieuse. Lorsque la pourriture 
de la même espèce a formé des alvéoles isolées et 
profondes , l’action de ce caustique parait ne 
s’être pas étendue assez loin pour en arrêter les 
progrès. 

L’action des caustiques liquides, comme les acides 
minéraux, nous a paru Infidèle, difficile à 'diriger , 
et trop bornée; le plus souvent ces substances bor-r 
nent leur effet à une combinaison rapide avec la 
matière putrilaglneuse, sans atteindre les parties vi- 
vantes , dans lesquelles la contagion continue de 
s’exercer. Cependant nous n’avons pas une assez 
grande expérience sur l’emploi de l’acide muria- 
tique , pour prononcer à son égard ; nous n’ose- 
rions émettre une opinion décidée sur le compte 
d’un topique qui a obtenu l’assentiment de gens 
aussi éclairés que ceux avec lesquels nous avons eu 
occasion d’en conférer, et parmi lesquels nous ci- 
terons avec éloge M. le docteur Gathrie , ins- 
pecteur du service de santé de l’armée anglaise. 


88 


POURIUTURE 


La pourriture pulpeuse est celle dont la forme et 
la marche clandestine et rapide nous ont causé le 
plus de sollicitudes. On juge presque toujours mal 
de sa profondeur, à cause de la couche pulrilagi- 
iieuse qui recouvre la plaie, et dont l’épaisseur 
peut être très-considérable. Le cautère actuel nous 
parut d’abord avoir l’inconvénient d’etre éteint 
trop rapidement' par l’humidité dont les parties 
sont abreuvées. La potasse caustique nous semblait 
plus commode, mais nous ne nous contentâmes 
pus de l’étendre sur la surface Infectée ; ‘nous pen- 
sâmes qu’elle ne s’y combinerait qu’avec la ‘masse 
pulpeuse. Nous prîmes des fragmens anguleux 'que 
nous poussions profondément , et jusqu’à ce’ que 
le ?ang, venant à paraître par la voie qu’ils s’étaient 
faite, nous donnât la certitude qu’ils avaient été 
portés jusque dans les parties vivantes. En garnis- 
sant ainsi d’un nombre convenable de fragmens de 
potasse toute l’étendue de rulcéraiion infectée, 
nous avions l’assurance de former, au-delà de l’in- 
fection, une escarre qui u’éiait pas périéifée de 
matière contagieuse, et d’arrêter les progrès de l’af- 
fection locale. Le succès répondit pleinement à 
notre attente; et nous eûmes la satisfaction, lors 
de la chute de l’escarre , de voir se découvrir une 
surface vermeille et bien conditionnée. ' 

Ce procédé fut suivi , avec un succès constant, 
à l’iiôpital militaire de Toulouse , où nous n avions 
à lutter que contre la pourriture qui s’excrçali sur 
les malades stationnés dans cette maison. Mais à 


d’hôpital. 89 

IMontpellier il en fallut un plus expéditif. Les ina- 
llades arrivaient au nombre de fjrtatre ou cinq cents 
là la fois ; nous ne recevions presque pas de bles- 
^sure qui ne fût entachée) et souvent a lui point 
itrès-grave. D’un autre côté , le typhus se muèli- 
^pliait chaque jour d’une maniéré plus e/Frayanie ; 
lia réunion de ces deux affections contagieuses ai- 
llait devenir extrêmement dangereuse ; 'il fallait 
idonc adopter un moyen sûr, dont les e-ffets fussent 
j prompts, et dont l’emploi n’exigeât pas un temps 
! trop long et des soins tfop minutieux. Le cautère 
i actuel réunissait ces avantages. 11 avait en sa faveur 
ll’expérience de Pouteau et celle de plusieurs prali- 
fciens des plus célèbres, parmi lesquels notre savant 
! ami, le professeur JJupujtren-; nous en avions 
noiis-raêmc retiré les plus grands avantages : nous 
ne balançâmes point à l’adopter, et nous ne fûmes 
pas loin sans avoir à nous en féliciter, et sans 
I nous, apercevoir que l’inconvénienl que nous avions 
I cru lui reconnaitre par rapport à la pourriture 
j pulpeuse, était illusoire. Psous pûmes facilement 
écarter la touche putriiagineuse qiii recouvrait les 
parties vivantes, et porter son action sur ces der- 
nières. 

, Rien n’égale la promptitude et la constance du 
succès que nous avons obtenu par ce dernier 
pioy en. Une seule application a sulïi le . plus sou- 
vent; et nous pouvions le pronostiquer avec certi- 
tude , toutes les fois que les douleurs occasionées 
par la pourriture cessaientRans Je jour, ou dans les 


POURRITURE 


00 

Tingt-quRtrc heures de la cautérisation. Le succès 
était assuré dès la première apjdicalion du cau- 
tère, toutes les fois que ce dernier pouvait être 
porté de suite sur tous les points de la surface infec- 
tée. La forme irrégulière de celle-ci pouvait seule y 
mettre obstacle j et le plus soutient c’était faute 
d avoir pu la bien connaître aupâravant. La sé- 
cheresse de 1 escarre formée par le cautère actuel 
était le signe le plus sûr , tiré des parties elles- 
memes, que le feu avait détruit tout ce qui avait 
etc soumis a la contagion. Un point humide déce- 
lait ordinairement ce qui avait échappé à l’action 
du calorique, et marquait la nécessité d’une nou- 
velle application. Celle-ci exigeait quelquefois des 
cautères de formes variées et une attention parti- 
culière. C’était surtout lorsque la pourriture s’était 
emparee du bas de la jambe ou de l’avant-bras, et 
du tissu cellulaire qui lie ensemble les tendons , si 
nombreux dans ces régions, que nous étions obligé 
de réitérer l’application du cautère. Alors, non-seu- 
lement il fallait pénétrer dans tous les réduits infec- 
tés, mais encore chercher avec soin si l’infection n’a- 
vait pas fait des progrès dans l’épaisseur du membre, 
au-delà des bornes de l’ulcération de la peau. Dans 
ce dernier cas, tantôt la totalité du sinus • caché 
pouvait être atteinte en y introduisant un cautère 
cylindrique, tantôt la fusée se trouvant trop vaste, 
nous ne pouvions plus nous contenter de ce moyen. 
La perte de quelques blessés qui se trouvaient 
dans ce cas nous inspira le projet de pénétrer, par 


d’hôpita.l. 9* 

cdes iacisions profondes, dans ces foyers éloif!:nés, 
œt d’y porter le cautère actuel par cette nouvelle 
woie. Cet effort fut encore couronne du succès le 
jplus complet. Non-seulement les progrès de la 
jpourriture furent solidement arrêtés , et les plaies 
imarchèrent rapidement vers la cicatrisation ; mais 
(encore l’engorgement énorme qui accompagne or- 
(dinalrement ces fusées cachées, tomba avec une 
1 rapidité à laquelle nous étions loin de nous at- 
I tendre. Nous avons encore sous les yeux deux mi- 
llitalres allemands qui ont été arrachés^de la sorte à 
itine mort certaine. Chezl’nn, la blessure était à la 
partie inférieure interne de la jambe j la pourriture 
en avait fait un ulcère de la grandeur de la paume 
I de la main , mais elle s’était étendue sous les muscles 
du mollet, jusque vers la partie supérieure de la 
jambe; l’engorgement avait gagné la partie moyenne 
de la cuisse. Après avoif cautérisé la plaie , nous 
incisâmes profondément sur les deux côtés du mol- 
let , nous découvrîmes ainsi toute l’étendue du si- 
nus putride , et le cautère actuel fut promené sur 
toute sa surface. Dès le lendemain , l’engorgement 
avait presque totalement disparu ; le calme dont le 
malade jouissait nous rassura pleinement sur son 
sort ; à la chute des escarres , les plaies avaient un 
aspect satisfaisant; la pourriture n’a pas reparu, et 
ce malade touche à sa guérison complète. Le se- 
cond de ces deux militaires était blessé profondé- 
ment à la partie moyenne et postérieure de la jambe ; 
la pourriture avait fusé sous le mollet, dans le 


POURRITtJRE 


92 

jarret. , et dans la région postérieure de la cuisse , 
jusque près de la partie moyenne ; on faisait refluer 
le putrilage par la plaie en comprimant toutes ces 
parties. L’engorgement était énorme, et s’étendait ' 
jusqu’au bassin. La plaie, et deux incisions pro- 
fondes , l’une à la partie supérieure du mollet, ! 
l’autre à la partie postérieure inférieure de la ] 
cuisse, nous donnèrent la commodité de porter le ; 
cautère actuel partout. Le succès a été aussi com- 
plet que dans le cas précédent , et la guérison de 
ce malade est aujourd’hui fort avancée. 

Il faudrait une juste idée de l’horreur des ta- 
bleaux que nous contemplions chaque jour, pour 
sentir l’importance de l’intrépidité dont nous avons 
eu besoin dans ces circonstances déplorables. Toute 
la prudence que peuvent inspirer les lumières ana- 
tomiques , aidées de la plus mûre réflexion , n’a pas 
toujours suffi pour nous rassurer sur le danger de 
tomber sur un vaisseau ^principal , et de l’intéres- 
.ser avec le cautère actuel : nous avions éprouvé 
maintes fois que la pourriture ne les épargne pas. 
Nous avions appris, par l’expérience, à ne compter 
que sur l’efficacité du feu dans les grands délabre- 
mens putrides qui peuvent compromettre ces or- 
ganes j nous ne pouvions donc avoir d’autres guides 
que l’étendue et la direction dè la maladie, et nous 
étions contraint de nous y abandonner presque 
aveuglément. Nous avions bien le soin d’appliquer 
le feu avec plus de réserve là où nous étions forcé 
de le faire agir dans le voisinage des vaisseaux ; 


d’hôpital. q3 

iiaais alors nous courions des dangers d’une autre 
fsspèce : la pourriture pouvait n’être pas arrêtée 
solidement , et l’organe que nous avions voulu 
épargner pouvait être détruit par la^maladie. Npus 
éétions donc forcé d’agir avec quelque énergie, même 
ôdans les lieux où il pouvait être dangereux de le 
ffalre , nous réservant des. ressources d’une autre 
eespèce, si les accidens que nous appréhendions 
tétaient arrivés. Nous avons eu le bonheur de les 
tévlter; et nous le devons, sans doute, plus au 
lliasard qu’à nos mesures, dont nous n’avons pas 
ttoujours été le maître. «. 

Il nous a été possible quelquefois de prévoir et 
(de prévenir la lésion des principaux vaisseaux par 
lies progrès de la pourriture. Ainsi, un grenadier 
Ifraurals avait reçu un coup de feu à la partie 
(externe inférieure de la cuisse; la pourriture avait 
(donné à la plaie une étendue de trois pouces dans 
itqus les sens; mais elle avait fait de bien plus 
i grands progrès sous la peau et vers le tissu cellu- 
laire du jarret, en pénétrant entre le muscle biceps 
et le fémur. Il était évident que bientôt l’artère 
poplitée serait découverte et successivement atta- 
quée , si la pourriture n’était promptement et sûre- 
ment arrêtée. Nous fendîmes la peau que la maladie 
avait disséquée, afin de bien découvrir le fond âe 
rulcératlon, et d’agir ensuite avec la circonspection 
nécessaire. Le cautère actuel fut porté dans tonie 
celte cavité, et la maladie bornée du premier coup. 
Dans une autre occasion , un coup de sabre porté 


POURRITURE 


sur la partie moyenne de la clavicule, nous causa | 
les plus vives alarmes , par les rapides progrès que | 
la pourriture y fit en peu de temps : la clavicule en j 
fut découverte, et l’artère sous-clavière menacée \ 
de très-près. Le feu fut porté partout avec fermeté; 
la maladie fut bornée, la lésion de l’artère évitée; 
et le malade, qui est encore sous nos yeux, touche 
à sa guérison. 

Il n’a pas toujours été possible d’obtenir par le 
feu des succès aussi éclatans : la pourriture a quel- 
quefois dévasté tout un membre à tel point, que 
sa conservation était^bsolument impossible, et que i 
l’amputation était évidemment la seule ressource, i 
Mais, même dans ce cas, le feu n’était pas inutile; j 
il était, au contraire, le seul moyen propre à assit- ' 
rer le succès de l’opération les muscles ne sau- 
raient être détruits par la pourriture dans toute 
l’étendue de la jambe, par exemple, sans un engor- 
gement considérable de la cuisse. L’expérience a 
bien démontré que si, dans ce cas, l’amputation 
est pratiquée dans l’étendue de l’engorgement, tout 
le tissu cellulaire du moignon se mortifie et se 
détache on escarres grisâtres ; les muscles sont 
isolés, l’os dénudé est bienidt saillant, et les ma- 
lades ne tardent pas à périr, épuisés par d’abon- 
dantes suppurations. IMals que le cautère actuel soit 
promené sur la partie de l’ulcération putride la 
plus voisine du point où l’on se pro})Ose d’ampu- 
ter; ou bien que, pour s’en rapprocher davantage , 
le feu soit porté dans l’engorgement lui-même, à 


d’hôpital. 9* 

lia faveur de quelques incisions profondes : hienlôt 
!rengorj;ement se dissipera, et l’amputation pourra 
lêtre faite en toute sûreté. Ainsi, nous avons encore 
isoiis nos yeux un jeune chasseur qui fut blessé 
JJégèrement par un coup de feu à la partie infé- 
irieure interne de la jambe, près la malléole in- 
iterne. La pourriture existait dans cette petite plaie 
lorsqu’il fut reçu à l’hôpital Saint-Eloi, et fut 
i arrêtée par l’application d’une platine rougie. Pen- 
• dant une absence que nous fûmes forcé de faire , il 
contracta de nouveau la pourriture. La crainte 
< d’une seconde cautérisation lui fit quitter l’hôpital ; 
il se logea dans la ville , et la pourriture fut livrée 
à elle-même. Un mois après 11 rentra,* et celte 
fois , la plaie , infectée de pourriture pulpeuse , s’é- 
tendait à la moitié inférieure de la jambe, et à la 
totalité du pied^ l’articulation llbio-tarsienne était 
détruite ; les muscles de la jambe étaient dévorés 
dans tout le contour du membre j le pied était 
sphacéléj la partie supérieure de la jambe, creusée 
de sinus profonds, était prodigieusement engor- 
gée; l’engorgement s’étendait à la totalité de la 
cuisse; le malade était dans une faiblesse extrême, 
qui s accroissait chaque jour par un dévoiement 
séreux, abondant, et d’une fétidité insupportable. 
Nous fîmes sur-le-champ trois incisions profondes 
sur le contour de la partie supérieure de la jambe , 
et nous y portâmes le cautère actuel. Ce dernier 
fnt promené de même sur la partie supérieure de 
l’ulcère putride. Le lendemain, le malade avait 


POURRITURE 


moins soufFert ; il avait goûté quelques heures de 
repos; l’in tumescence de la cuisse avait presque 
disparu. Nous nous hâtâmes de profiter de cet heu- 
reux changement, et ce jour même l’amputation 
fut pratiquée à la partie moyenne de la cuisse. Il 
n’est survenu aucun accident ; la réunion immé- 
diate ayant été tentée, elle était presque complète 
le seizième jour. Dans le moment actuel, ce jeune 
homme est en pleine guérison , et sa convalescence 
n’a nullement été traversée. 

Dans un très-petit nombre de cas, nous n’avons 
pu tirer aucun parti, ni du cautère actuel, ni de 
l’amputation. Le désordre était si grand, qu’il était 
évidemment impossible de porter le feu partout où 
il aurait été nécessaire , et la maladie s’étendait 
tellement du côté du tronc, que l’amputation était 
impraticable. Ainsi, nous avons vu périr un jeune 
homme plein de vigueur, auquel nous n’avons pu 
donner aucun secours. La maladie avait commencé 
dans une blessure située à la partie moyenne de la 


janiibe ; tous les muscles de cette partie avaient été 
dévorés; la pourriture avait fusé entre les muscles 
de la cuisse , qui en avaient été isolés dans toute 
leur étendue et jusqu’au bassin. Il ne nous eût servi 
de rien d’avoir cautérisé rulcère putride de la 


jambe seulement, lequel pourtant était énorme; 
mais une incision que nous pratiquâmes à la face 
interne de la cuisse, dans l’intenilou de nous éclai- 
rer, nous démontra que le cas était sans ressource. 
La surface ulcéreusô de la cuisse n'etait pas moiu- 


d’hôpital. 97 

dre que l’étendue totale de la surface de tous les 
muscles de ce membre (i). C’est dans des cas de 
celte espèce que, nous trouvant abandonné aux 
seules ressources des traitemens généraux, nous 
. avons eu l’occasion d’en bien sentir toute l’impuis- 
sance. 

En général, nous avons réservé l’emploi du feu 
pour les cas de pourriture pulpeuse, où des moyens 
de toute autre nature n’auraient pas même pu agir. 
Cependant nous avons été'dans la nécessité d’y 
recourir quelquefois pour arrêter les progrès ra- 
pides de quelques pourritures ulcéreuses , placées 
de manière ù faire ^ÜTalndre prochainement la lé- 
slon^id’organes importans et des désordres irrépa- 
rables. Nous avons déjà cité des exemples qui 
concernent les principaux vaisseaux j en voici un 
autre qui ne paraîtra pas dépourvu d’intérêt. Un 
soldat fut reçu avec un bubon vénérien énorme, 
dans lequel l’excès d’inflammation fit périr par la 
gangrène la totalité de la paroi extérieure de la 
tumeur. La peau de l’aîne , celle de la face anté- 
rieure de^la cuisse, de tout le coté droit du scro- 
tum et de ce même coté de l’hypogastre , fut 
détruite ; le tissu cellulaire disparut également dans 


(*i) On fie mit quand on pense que c’est dans un état 
^ semblable que des malheureux ont été Iraînés d’hôpital en 
hôpital, à des distances très-considérables. L’un d’enlre 
eux, blessé sur les bords delà Moskoiva, est venu jusqu’à 
ôlontpellier pour subir l’anipulalion. 


n 


(j8 POrRRITUKE 

toute cette étendue et jusqu’à une grande profon- 
deur. C’est en cet état que la pourriture ulcéreuse 
se déclara. Elle envahit à la fois la totalité de cette 
surface suppurante, et par conséquent elle mena- 
çait à la fois, et de très-près, les interstices des 
muscles de la cuisse, l’artère crurale, l’arcade du 
même nom, l’anneau inguinal, le cordon sperma- 
tique , le testicule, les muscles abdominaux. L’af- 
fection contagieuse siégeait dans des bourgeons 
charnus très-légers, qui recouvraient encore toutes 
ces parties J le moindre progrès, dans une enve- 
loppe aussi facile à détruire, aurait amené les acci- 
dens les plus embarrassans. Nous prîmes le parti de 
jnomener légèrement le feu sur toute cette surftkce :• 

‘ l’infection était toute récente ; elle devait être su- 
perficielle , et la moindre action du cautère devait 
sufiire pour en arrêter la marche. Nous obtînmes 
le succès le plus prompt et le plus complet. A la 
' chute des escarres , la plaie présenta un aspect sa- * 
tisfalsant, et ce malade, ayant été préserfé u’gne 
nouvelle infection, est sorti de l’hôpital parfait^-? * 

ment guéri. J' 

On croirait facilement que le feu et ks caustiques 
n’agissent pas seulement en détruisant les parties 
soumises a leur action , riîais quils oflrent encore 
des moyens pulssans de décomposition des miasmes 
contagieux. Celte proposition nous paraissait si 
vraisemblable , que nous ne doutions pas d’abord 
que nous ne dussions remplir ainsi cos deux vues 
importantes. Nous étions dans relieur, etlexpé- 


d’hôpital. 99 

rience nous a bientôt désabusé. Nous faisions ap- 
pliquer des cataplasmes éraolliens à la suite des 
cautérisations fort étendues , dans 1 intention de 
prévenir les conséquences d’une inllammation grave 
et profonde, ainsi qu’il était naturel de les craindre : 
l’irritation que nous avions produite nous paraissait 
plus que suffisante pour obtenir dans les parties 
sous-jacentes une réaction convenable. Cependant 
il nous arriva souvent que, taudis que les escarres 
se détachaient et découvraient des surfaces ver- 
meilles, celles-ci ne tardaient pas à présenter de 
nouveau les signes de la même infection. Notre 
étonnement fut grand lorsque cet accident survint 
à-la suite des cautérisations pratiquées sur des sur- 
faces planes et solides : nous avions cautérisé pro- 
f .ndéraent; la disposition de la surface infectée 
juc nousavions traitée de la sorte, nous donnait la 
certitude que l’acUon du feu avait dû être portée 
dans toute l’étendue du foy«r j 'rien ne j)üuvaît 
npus avoir échappé. Etait - ce bien une suite de 
l’infection primitive? était -ce les résultats d’une 
nouvelle inoculation ? Cet accident nous mit dans 
la nécessité de réitérer la cautérisation j et, crai- 
gnant que rétendue des surfaces que la chute des 
escarres devait découvrir ne fût la cause de- la 
promptitude avec Jaquclle l’Infection paraissait se 
reproduire, nous redoublâmes de précautions pour 
préserver ces malades de la contagion environ- 
nante : les capsules fumlgatoires furent multipliées 
autour d’eux. Les résultats ne répondirent pas à 


loô POüRRlTtniE 

notre attente; mais nous observâmes que les symp- 
tômes de la seconde infection ne survenaient jamais 
qu’aiitour des escarres; que ces accidcns ne se ma- 
nifestaient qu’à la chute totale de ces dernières. Dès 
lors nôtre attention fut fixée sur cet objet , et nous 
soupçonnâmes la vérité : malgré les vraisemblances 
contraires , les escarres pouvaient retenir le conta- 
giunij d’où ce dernier pouvait agir encore sur les 
parties avec lesquelles l’un et l’autre étaient en 
contact. Nous prîmes le piarti d’envelopper les 
escarres de substances désinfectantes jusqu’après 
leur chute. Dès lors plus de récidive; et nos succès 
ont été plus rapides, plus communs et plus solides. 
Le topique que nous avons employé dans cette vueî 
est le vinaigre. On trempait de la charpie dans ce 
liquide , les escarres en étaient enveloppées, et 
l’appareil était humecté avec le vinaigre jilusieurs 
fois par jour. 

§*XIII. . f- 

Nous avons suflîsâmrrient démontré par l’/)bser- 
vation , le rôle important qiie le traitem"érit lôbal 
doit jouer dans la thérapeuliqué de la ponrviture 
d’hôpital, pour que l’on doive iiressentir que la 
médecine interne ne peut fournir, pareil cas, 
que des moyens subsidiaires plus ou moins essen- 
tiels. 

Ï1 est des pourritures dont le^ effets sont entiè- 
rement bornés à l’affection locale , et qui né pro- 
duisent pas d’ébranlement général. Dans ces cas, 


loi 


d’hopital. 

le malade peut jouir d’ailleurs de la plus parfaite 
santé J et chacun sent aisément l’inutilité de tout 
autre moyen que ceux qui sont propres à sus- 
pendre et à détruire les effets de l’inoculation. On 
peut raisonnablement douter, toutes les fois que la 
réaction générale a déjà eu lieu , si elle tient à un 
ébranlement purement nerveux, ou si l’absorption 
de la matière putride ne participe pas au moins 
aux phénomènes qui se manifestent. Cependant , 
si l’on observe des cas de cette espèce , et même en 
grand nombre , où il a suffi de faire cesser le tra- 
vail de l’infection locale pour faire disparaître éga- 
lement les phénomènes généraux qu’elle paraissait 
avoir provoqués , il faut bien conclure que tous les 
mouvemens morbifiques que l’on observait étaient 
purement sympathiques. Or c’est ce que nous 
avons observé , et d’une manière d’autant plus 
remarquable pour ceux qui nous entouraient , que 
c’était au début de l’épidémie , sur un grand nombre 
de malades à la fois , et lorsque n’étant pas encore 
surchargé, nous pouvions consacrer plus de temps 
à l’observation, et donner à tous les faits une at- 
tention suivie. 

Les premiers malades qui furent reçus à l’hôpital 
Saint-Eloi de Montpellier , portant la pourriture 
d’hôpital, étaient au nombre de cent cinquante. Ils 
avaient tons été blessés sous les murs de Parnpe- 
liiiie , et avaient fait le trajet avec assez de rapidité. 
La plupart étaient blessés assez légèrement par 
des coups de balles aux mains ou aux pieds j mais 


102 


POURRITURE 


toutes ces blessures , sans exception , étaient infec- 
tées de pourriture ; et chez un assez grand nombre 
de ces militaires cette complication avait déjà fait 
des progrès considérables , et, produit une affection 
générale. Il nous parut instructif pour les élèves 
de soumettre toutes ces plaies à la cautérisation. Si 
parmi les affections générales qui en accompa- 
gnaient un certain nombre, il y avait des maladies 
essentielles, elles devaient survivre à la pourriture : 
d ou nous aurions tire l’avantage de prouver tout 
a la fois la possibilité d’arrêter cette dernière en 
n agissant que sur elle , et de donner la commodité 
d etudier isolement et réduites à leur état de sim- 
plicité, les maladies concomitantes. Colîlre notre 
attente , il n’y eut pas un seul de ces blessés qui ne 
recouvrât la santé la plus parfaite par le seul effet 
de la cautérisation. Nous observerons que ces cent 
cinquante blessés étant les seuls que nous eussions 
encore reçus, que les évacuations subséquentes ayant 
tardé quelque temps , nous avons pu conserver ces 
premiers malades, la plupart jusqu’à parfaite gué- 
rison , et que nous n’avons rien observé qui prit 
nous faire regretter de n’avoir pas tenu une autre 
conduite. Il est cependant des sujets assez impres- 
sionnables pour conserver quelques symptômes 
nerveux après la destruction de la cause locale , et 
après l’extinction des principaux phénomènes dé- 
pendans de la réaction générale , suite de la pour- 
riture. Chez ceux-là, le camphre nous a paru pro- 
duire des effets avantageux. Du reste, ces cas sont 


d’hÔPITAT-. io3 

Tares : la forme i^énérale des phénomènes produlis 
par la pourriture est adynamique , et les toniques 
sont plus communément utiles. 

On a remarqué depuis long-temps que la con- 
dition du soldat en campagne l’exposait fréquem- 
ment aux embarras des premières voles, et qu’il 
était très-commun que cette disposition antérieure 
compliquât les coups de feu. 11 est tout simple , 
pour les mêmes raisons , que la meme complication 
SC retrouve dans la pourriture d’hdpital, lorsque 
ce dernier incident survient peu de temps après une 
blessure, et dans les cas où le grand nombre de 
blessés ne permet pas de donner à chacun d’eux le 
degré d’attention et les soins que leur état réclama- 
rait (i). Nous avons souvent rencontre et com- 
battu par les moyens ordinaires cette complication ; 
mais, comme nous l’avons énonce précédemment, 
jamais il ne nous a paru que le traitement métho- 
dique de cette affection ait rien changé à Fétat de 
la maladie locale. 


(i) Les tonscqucnccs d’une telle omission ont été très- 
communes et très-graves dans ces derniers temps , où le 
gouvernement affichait une incurie inconcevable sur tout 
ce qui concernait la santé du soldat. MM. les chirurgiens 
militaires se plaignent amèrement, et avec raison, que par- 
tout il existait une disproportion énorme entre l’étendue et 
l’urgence dqs besoins, et les moyens qui étoient mis à leur 
disposition. Est-il étonnant que tous les maux soient venus 
fondre i la fois sur nos armées 7 est-il étrange que la pour- 
riture d’hèpital , eu particulier, soit devenue si coaunuue ? 


POURHITURK 


io4 

Il est une remarque importante à faire à cet 
éi^ard. Il serait aisé , sans une attention suffisante , 
de prendre pour un embarras gastrique essentiel 
une affection symptomatique assez commune, et à 
laquelle il est dangereux de se méprendre. Lorsque 
la pourriture d hôpital est assez grave pour pro- 
duire une réaction générale, il n’est pas rare 
qu’elle agisse surtout sur les voles digestives , de 
manière a provoquer de la part de leur membrane 
muqueuse une sécrétion surabondante. De-là , l’as- 
pect gris, sale et humide de la langue, et plusieurs 
autres symptômes qui pourraient être interprétés 
comme ceux de l’embarras gastrique proprement 
dit. Cet état est accompagné d’une irritation telle, 
que la moindre excitation provoque des évacua- 
tions excessives, ou une dépense de forces extrê- 
mement propre a augmenter d’une manière funeste 
l’état adynamique, qui ne tarde pas à se déclarer. 
Plusieurs erreurs de ce genre dans lesquelles nous 
sommes tombé et que nous avions déjà vu com- 
mettre par des praticiens expérimentés , nous ont 
éclairé et nous ont rendu plus circonspect sur une 
pratique trop banale , et que les écrivains ont trop 
représentée comme généralement recommandable. 
La méprise serait facile à éviter, si l’on voyait tou- 
jours débuter la pourriture ; en comparant l’état 
antérieur des blessés avec ce qui s’est passé depuis 
l’infection locale, on peut distinguer l’affection gas- 
irlque qui préexistait, et les symptômes compa- 
rables qui ne sont survenus que depuis la conta- 


d’hôpital. io5 

gîon. Mais lorsque la maladie locale a déjà fait des 
progrès , quand on examine le malade pour la pre- 
mière fois J lorsque ce dernier est déjà dans la stu- 
peur qui accompagne si souvent la pourriture 
grave j lorsqu’il est incapable de donner des ren- 
seignemens sur son état antérieur , ce qui arrive le 
plus souvent dans les hôpitaux militaires , il est 
plus dilTicile de saisir la vérité. Aucune circonstance 
de la marche ou de la nature des symptômes ne 
pouvant nous éclairer , nous avons pris le parti , 
pour éviter l’erreur et les conséquences fâcheuses 
qu’elle peut avoir , d’attaquer d’abord la pourriture. 

, Cette manière de procéder ne peut avoir aucun 
inconvénient ; elle ne peut pas aggraver l’affection 
générale essentielle , s’il eu existe. Cette dernière 
circonstance ne peut pas rendre nuis les effets ordi- 
naires du traitement local ; c’est une proposition 
mise hors de doute par l’observation. Si l’embarras 
gastrique, ou ses apparences, ne sont qu’un symp- 
tôme sympathique de la pourriture , comme il 
arrive souvent , le prompt rétablissement du ma- 
lade ne tarde pas à dissiper tous les doutes. Enfin, 
s’il s’agit réellement d’une affection essentielle , on 
la voit persister avec les symptômes qui lui soijt 
propres, et dès lors, simpliliée , dégagée surtout 
de l’affection profonde du système nerveux que le 
foyer putride produisait, elle est moins dangereuse 
à combattre et plus facile à subjuguer. En nous 
conduisant ainsi , nous avons été souvent dispensé 
de l’emploi des évacuans ; qui auraient pu paraître 


pourritche 


"106 

' inévitables quelques jours auparavant j et si nous 
avons été conduit à leur administration par l’ana- 
lyse matérielle de la maladie , nous n’avons plus 

• eu du moins la douleur de les voir produire des 
efFets promptement funestes, et le regret de les 
avoir prescrits sans des raisons suffisantes. 

Notre dessein n’est pas d’entrer ici dans de 
" grands détails touchant les maladies qui peuvent 
compliquer la pourriture d’hôpital ; nous dirons 
'Seulement, à l’occasion des fièvres bilieuse et catar- 
rhale, que nous avons souvent observé dans ces 
cas les mêmes vomissemens excessifs , et les super- 
purgations que nous avons vues résulter de l’admi- 
nistration des évacuans dans les cas d’embarras 
gastrique : phénomènes qui nous ont paru rendre 
■ bien plus délicat , bien plus difliclle le traitement 
‘de ces mêmes maladies. Des accidens de cette es- 
pèce , dont les observateurs n’ont fait aucune men- 
tion , étaient bien propres à nous confirmer dans 
l’opinion qu’il a du être commis un grand nombre 
de méprises au sujet de la pourriture d’hôpital. Il 
eût été impossible qu’une remarque de cette impor- 
tance eût échappé à l’attention de tous les obser- 
vateurs, si le plus grand nombre n’eût pas pris 
pour la pourriture des affections locales totalement 
différentes. 

Il est difficile d’écarter la pensée que les miasmes 
contagieux sont absorbés en plus ou moins grande 

• quantité , et que la nature travaille avec une acti- 
vité variable à leur assimilation ou à leur élimina- 


D^IOPITAL. , 107 

tion. Il nous semble même que l’on peut disllnp;ucr 
deux effets différens de leur action : une irritation 
et une excitabilité remarquables, qui correspondent 
au premier temps , et qui sont marquées par la 
douleur locale et par celte susceptibilité singulière 
des organes digestifs j un effet sédatif et débilitant, 
qui correspond à tout le reste de la durée de la 
maladie, et qui est marqué par la stupeur et l’adj- 
Damie profonde dans lesquelles les malades ne man- 
quent pas de tomber, et qui régnent jusqu’au der- 
nier moment. Il est impossible de donner des 
preuves directes et positives de ces propositions 
générales ; mais il faut convenir que la marche de 
l’affection elle-même , et la nature du traitement 
qui a les succès les plus communs , fournissent de 
grandes probabilités en leur faveur. En effet, nous 
avons observé fréquemment que le camphre a des 
résultats manifestement utiles dans les premiers 
temps , et que le kina convient éminemment dans 
le second. Qu’on n’infère pourtant pas de notre 
remarque que nous avons été convaincu par l’ob- 
servation des heureux effets d’un traitement géné- 
ral dans la pourriture d’hôpital j nous déclarons 
ici formellement que ces moyens nous ont été 
complètement et constamment Inutiles, tant que 
l’affection locale n’a pas été domptée par l’un des 
procédés que nous avons exposés ci-dessus. Nous 
ne parlons que des moyens qui nous ont réussi 
apres que les progrès de la pourriture ont été arrê- 
tes, lorsque le succès des moyens propres à rem- 


f 


Ï08 • POURRITURE 

plir cette indication capitale n’a pas fait dispa- 
raître en meme temps 1 affection generale concomi- 
tante. 

Nous n’avons rien négligé pour nous assurer , 
en particulierj si lel^ina^ administre interieurement- 
sous des formes et à des doses variées , jouissait en 
effet, comme on le pense communément, de la 
propriété d’arrêter les progrès de la pourriture. 
Nous sommes reste convaincu par des épreuves 
réitérées que ce médicament est contr’indiqué 
dans le principe de la maladie , ainsi que les pliéiio- 
mèiies les plus remarquables pouvaient facilement 
le faire pressentir. Il irrite alors sensiblement , il 
fatigue l’estomac , et produit souvent des flux de 
ventre dont les conséquences sont ordinairement 
funestes. Donné dans la période adynamique de 
l’affection générale , tandis que l’affection locale 
n’est pas bornée , il est complètement inutile ; mais 
il peut avoir des succès bien marqués dans ce meme 
temps , si le foyer de l’infection est déjà tari par les 
procédés convenables. Il est impossible de dire si 
c’est en se combinant et neutralisant ainsi les mias- 
mes animaux absorbés , ou bien en soutenant et 
accroissant le ton des solides et la vitalité des hu- 
meurs, que le kina agit alors. Il est impossible 
d’avoir des raisons sans réplique de lui attribuer 
sous l’un ou l’autre point de vue la propriété anti- 
septique dans le sens rigoureux du mot , ou celle 
d’un tonique, et par-là d’un antiputride indirect j 
mais il faut convenir que les phénomènes de l’affcc- 


d’hôpital. 109 

tion dont il s’agit , et la lente efficacité du médica- 
ment , donnent Lien plus de probabilités à la se- 
conde opinion. 

Il arrive quelquefois que le bina , aidé des toni- 
ques les plus propres à seconder son action, et d’un 
régime analeptique et corroborant , ne réussitjpas 
à relever les solides de l’état d’affaissement dans 
lequel ils sont tombés. Nous avons vu quelques 
blessés, profondément affectés de pourriture d’hô- 
pital, laquelle avait été long-temps abandonnée à la 
nature , et que nous avons vainement arrachés aux 
dangers que cette maladie leur faisait courir. Ils 
ont succombé à l’affaiblissement insurmontable qui 
en était résulté, quels qu’aient été nos soins et nos 
efforts. Tantôt l’insomnie était le seul symptôme 
remarquable que leur état présentait ^ plus souvent 
une diarrhée incoercible les minait insensiblement 
et les détruisait à la longue. Plus souvent encore, 
nous observions les progrès croissans d’une débili- 
tation mortelle que rien ne pouvait arrêter, quoique 
toutes les fonctions se fissent sensiblement d’une 
manière satisfaisante. Il nous a semblé probable 
que ce dépérissement était le résultat d’un délétère 
introduit dans les humeurs et chez des sujets doués 
de trop peu d’énergie pour opposer à ce poison 
une force assimilatrice suffisante. Si cette conjec- 
ture était fondée, il serait vrai que non-seulement 
le kina, administré à l’intérieur, ne jouit pas d’une 
propriété directement antiseptique j mais encore 
que, dans certaines constitutions, il peut perdre 


c 


J 10 


POURRITURE 


meme les effets indirectement antiputrides atta- 
chés à sa propriété éminemment tonique. 

Les faits qui nous ont fourni l’occasion de ces > 
remarques, nous en ont fait faire une autre qui 
nous a paru assez curieuse. Parmi les malades dont 
nous ne pouvions relever les forces par aucun, 
moyen , un certain nombre contractèrent la gale 
par des draps de galeux qu’on avait confondus avec 
le linge des blessés. Ils furent, transférés dans le 
quartier de rhôpital* destiné au traitement de cette 
maladie ; et quoique la construction de cette partie 
de la inaison soit extrêmement vicieuse , quoiqu’ils 
fussent logés dans un rez-de-chaussée très-mal- 
saln j que leur régime y lût beaucoup moins soi- 
gné , ils s’y rétablirent avec une promptitude qui 
nous surprit. Leurs forces se réparèrent, l’appétit 
reparut, les évacuations surabondantes qui avaient 
lieu cessèrent, et leurs plaies, qui auparavant 
étaient pâles , blafardes, stationnaires, devinrent 
vermeilles, grenues, se couvrirent de bourgeons 
charnus, consistans,et marchèrent rapidement vers 
la cicatrisation. La totalité de la surface de leur 
corps était frictionnée tous les jours avec une pom- 
made dans laquelle le soufre sublimé et le muriate 
de soude entrent en grandes proportions. Ou ne 
sera pas étonné de ces résultats, si l’on considère 
que l’usage de ce topique produit le plus souvent 
une accélération remarquable du pouls , une sorte 
de fébriciiance. Nous avons pensé que nous avions 
là un moyen puissant d’excitation. Quoi qui! eu 


d’hôpital* lit 

soit, du moins est-il certain que nous avons sauvé 
de la sorte plusieurs blessés , guéris de la pourriture, 
d’hôpital , mais que nous aurions très-certainement 

On croirait facilement que l’existence de cer- 
taines diathèses manifestées par des symptômes 
évidens, devrait nuire au succès dù traitement de 
la pourriture d’hôpital j nous ne parlerons pas de 
la complication de cette dernière maladie avec la 
vérole : combinaison que nous avons souvent ob- 
servée, et qui ne nous a donné aucun embarras j 
mais nous citerons particulièrement le scorbut, 
dont la coïncidence pourrait être regardée comme 
très-propre à favoriser les progrès d’une maladie . 
capable de jeter dans les humeurs un levain puis- ; 
sant de putridité , et de plonger la constitution 
dans une adynamie profonde. Nous avons encore 
sous les yeux deux soldats russes, l’un et l’autre, 
gravement alTectés de scorbut , et qui n’en ont pas 
moins échappé aux dangers de la pourriture d’hô- 
pital. L’un avait des ulcères vénériens au scrotum 
et sur le fourreau de la verge ; l’autre avait à la ré- 
gion sacrée une plaie avec perte de substance , suite 
d’un coup de feu. La pourriture d’hôpital s’empara 
plusieurs fois de ces ulcérations, et nous causa de > 
vives inquiétudes, tant par les progrès rapides 
qu’elle pouvait faire dans des régions semblables , 
que parce que cet accident pouvait ajouter de dan- 
gereux à la diathèse fâcheuse qui existait déjà, et qui 
s’était munlfcsléc par les symptômes les plus graves. 



’ii2 potJRniTimE 

Néanmoins la cautérisation, qui, dans ce cas, était 
indiquée à plus d’un titre, réussit complètement, et 
cèt accident ne parut rien ajouter à l’affection gé- 
néiaie, laquelle, sur l’un d’entre eux surtout, pa- 
raît aujourd’hui presque entièrement domptée par 
l’usage assidu des moyens usités en pareil cas. Un 
grand nombre de soldats de la même nation nous 
ont fourni l’occasion de remarques semblablesj mais 
sur aucun elles n’ont eu autant d’évidence que sur 
les deux que nous venons de citer. 

§ XIV. 

Nos preuves en faveur du caractère local et con- 
tagieux de la pourriture d’hôpital nous paraissent 
assez démonstratives, pour penser que l’on ne dou- 
tera pas de la possibilité d’une médecine prophylac- 
tique dans les cas où une épidémie de celte espèce 
sera probable. On a pu voir, dans le cours de ce 
mémoire, que nous avons usé avec succès des 
soins de cette nature. Tous les auteurs ont cru, en 
général, à da' possibilité des moyens préservatifs ; 
mais chacun en a indiqué de différens, selon sa 
manière particulière d’envisager la question; et 
personne que je sache n’a fondé ses conseils à cet 
égard sur les résultats incontestables et nombreux 
de l’e.xpérience;. On a d’ailleurs souvent recom- 
mandé des mesures impraticables dans les condi- 
tions où l’on observe la maladie dont il s’agit , les 
hôpitaux surchargés de malades , etc. Nous allons 
rcndrc^omple de ce que nous avons observé à cet 


rt-. 


d’hôpital. ii3 

gard, ainsi que des conjectures que l’observation 
nous a suggérées 5 mais nous ne garantissons que ce^ 
que nous avons vu assez souvent pour eu être cer- 
tain. 

On a souvent recommaiidé d’isoler les malades 
affectés de pourriture : nous observerons d’abord 
que cette précaution, utffe en elle-rnôme si elle 
est accompagnée des conditions convenaliles, n’est 
pas praticable le plus souvent. Où placer cette es- 
pèce de malades , dans un liopital, dans un vaisseau , 
surchargés de blessés? Non-seulement la totalité 
du bâtiment de l’hôpital Saint-Eloi était occupée, 
mais encore les passages, les corridors, les cours, 
étaient remplis de blessés. Aurions-nous consacré 
une salle à loger ceux qui étalent affectés de pour- 
riture? Nous l’avons fait lorsque le nombre des 
malades nous l’a permis; et rien ne peut être com- 
paré à la fureur que cette malüdie a exércée sur 
ceux qui s’y trouvaient rassemblés. Les aurions- 
nous relégués'dans un coin retiré des salles où ils 
se trouvaient :? La contagion s’emparait bientôt de 
tout le reste, et nous n’avions rién gagné par rap- 
port à ceux qui étolent déjà infectés. Il n’y a pas 
de doute que nous eussions retiré de grands 'avan- 
tages dé la possibilité de loger ceS malades un à un 
dans des chambres particulières : ce soin pouvait 
seul préserver les blessés dont les plaies n’étaient 
pas encore infectées ; mais, comme on le voit, lu 
chose était' impossible du moment que le nombre 

8 


POURRITURE 


ll4 

des blessés s’accrut au point qu’il fallut les placer 
partout, et transformer en hôpitaux tous les bâti- 
mens dont la construçtion présentait quelque com- 
modité pour le service. D’ailleurs, le projet de pla- 
cer séparément les blessés affectés de pourriture 
suppose qu’il n’y en a qu’une certaine proportion j 
mais dans les hôpitaux éloignés de la première 
ligne de ceux d’une armée , le plus grand nombre 
des malades arrive avec les effets de cette conta- 
gion, déjà contractée depuis un temps plus ou 
moins long, et les choses peuvent être au point 
que ce soit le cas de tous les blessés admis dans un 
même hôpital , lorsqu’il règne en même temps des 
maladies de mauvais caractère. C’est précisément 
ce qui est arrivé à niôpitai Saiut-Éloi. Nous 
n’exagérous pas quand nous assurerons qu’il n’est 
presque pas entré de blessés dans cette maison qui 
n’apportassent la pourriture d’hôpital. II nousétaiq 
donc impossible de songer à kis isoler. 

D’un autre côté, en plaçant séparément les bles- 
sés affectés de pourriture, on écarte bien le danger 
qu’ils auraient fait courir aux blessures exemptes 
d’infeçlionj mais on ne fait rien d’avantageux pour 
celle qui est déjà entachée. Le blessé que l’on 
isole apporte avec lui le foyer de l’infeéiion; et 
quoiqu’elle soit d’autant moins redoutable pour 
lui-même, que lui seul peut vicier alors J’atmo-^ 
sphère qui l’entoure , on verra que celle légère 
différence n’est presque rien pour le salut du ma- 


îî'hApital. 1 1 5 

lade, si l’on considère avec quelle suLlilité peut 
agir le contagium dont nous parlons. Que l’on sc 
ressouvienne qu’il nous a suffi d’approcher d'une 
plaie du scrotum un habit pénétré de miasmes, 
pour donner la pourriture d’hôpital; que l’on ne 
perde pas de vue ceux de nos malades qui ont 
contracté la même maladie pour avoir emporté 
hors de l’hôpital, et employé pour leur pansement, 
des linges entachés , qnoiqu’ayant été lessivés. Que 
sera-ce lorsque les miàSmés que peut fournir cons- 
tamment une plaie profondément affectée entoure- 
ront sans cesse le malade dont ils émanent? On a 
dit cependant que le soin d’isoler les malades avait 
fréquemment suffi pour faire cesser la pourriture. 
Si l’on a voulu dire par-là que l’on peut arrêter de 
la sorte la propagation de la maladie, la chose peut 
êlfe vraie; mais si l’on a cru que cctfe précaution 
avait entraîné la guérison de la maladie elle-même 
dans les blessés infectés que l’on avait isolés , nous 
pouvons assurer qu’il y a erreur dans les observa- 
tions, et probablement elle porte sur le diagnostic. 
IS’ous avons usé de cette précaution autant que la 
chose nous a été possible , et lorsque nos malades 
ont été moins nombreux. Üne salle des plus spa- 
cieuses et des mieux conslruiles, éloignée de celles 
où il y avait des malades, a été consacrée au soin 
des blessures les plus graves et des suites d'opéra- 
tions. Nous pouvons affirmer que la pourriture , 
ijuand il y en a eu, y a fait les mêmes progrès 

8 . 


rOUimiTLRE 


1 ifî 

c[iic partout ailleurs , et rpi’il a fallu nous empres- 
ser d’cloigiier ces malades ou d’arrêter la maladie , 
])Our préserver les autres blessures. Nous avons déjà 
dit (pie (quelques malades, ayant contracté récem- 
inenl la contagion et craignant l’apiilicaiion du feu , 
étaient sortis de l’hôpital et avaient été recueillis 
par des particuliers de la ville ou des campagnes 
environnantes. Ij^isolement dans lequel ils ont vécu, 
la salubrité des lieux qu’ils habitaient, les soins as- 
sidus quils ont rerus, n’ont pu les préserver des 
jirogrès de raÜeclion contagieuse qu’ils avaient cin- 
])Ortée avec eux, et jilusieurs sont rentrés à i’iuipital 
dans un état déplorable , et n’ofFranl plus d’autre 
ressource que rumpuialion du membre. 

La ventilation, le renouvellement fré(|uent de 
l’air, ont été mis au nombre des moyens les plus efli- 
caces parmi les soins préservatifs. Nous avons tiré 
de ce soin tout le parti jiossiblc j nous n’avons pas 
craint de laisser les croisées des salles ouvertes 
jiendant la nuit et malgré la saison de l’hiver. 
Nousavons bien remarqué, en eftet, que s’il y 
avait des exemples de pourriture stationnaire, c’é- 
tait auprès des ouvertures extérieures qu’on Içs ob- 
servait, par conséquent là où l’air était le plus Iré- 
quetutnent reuouveléj nous avons bien reioarqné 
aussi que la pourriture se propageait moins subtile- 
ment dans le voisinage de ces mêmes points d’une 
salle. Mais les elfcls de celte précaution ne s’éten- 
dai .-nt pas très-loin , en sorte que les miasmes cou- 


d’hùpital. 117 

tagienx paraissent avoir assez de fixité pour n’etro 
pas expulsés facilement, meme par des courans 
d’air. D’ailleurs, il est bien démontré (jiieles miasmes 
ont la propriété de s’attacher au linge, aux étoi- 
fes , etc., et ceux-là ne sauraient être entraînés par 
la ventilation. 

L’arrosement et le lavage des salles nous ont 
paru dangereux. LTn grand nombre d’hommes souf- 
frans ou fébricîtans cchaufTent beaucoup l’atmo- 
sphère,' l'eau ne tarde pas à être évaporée : l’air 
réunît alors les deux conditions les plus propres à 
favoriser la décomposition des substances ani- 
males; et si, comme il est probable, c’est à leur 
putrescence que les miasmes animaux doivent la 
funeste propriété de produire la pourriture d’hd- 
pital, ces conditions atmosphériques ne peuvent 
que l’accroître. D’ailleurs, une grande quautiti; 
d’eau évaporée, et qui se précipite an moindre 
changement de température , est extrêmement 
propre à fixer les miasmes contagieux, à diminuer 
d’autant la quantité de ces mêmes miasmes suspen- 
dus dans l’air mobile , et fait perdre une partiii 
des avantages attachés à la ventilation. Enfin , ces 
procédés étaient devenus impraticables, lorsque le 
nombre des malades s’est tellement accru, qu’il a 
fallu renoncer à l’usage des lits, et adopter celui 
des paillasses étendues sur le sol, se louchant les 
unes les autres, et entre les rangs desquelles it 
restait à peine assez d’espace pour le scrvk'i?. 


^ ® pourriture 

INous avons déjà fait mention de plusieurs faits 
qui prouvent l’utilité que nous avons retirée de l’é- 
vaporation des gaz muriatiques. Nous pouvons assu- 

ler que nous n avons pas trouvé de préservatif 
plus efficace et plus prompt dans ses effiets. Trois 
ou quatre fois par jour, les croisées des salles étant 
fermées, on promenait lentement et à diverses 
reprises, dans l’étendue d’une même salle , une 
capsule gujtonienne pendant le dégagement du 
gaz. On avait soin de ne saturer que successive- 
ment l’atmosphère ; en sorte qu’après la fumiga- 
tion l’odeur du gaz muriatique fût à peine sen- 
sible, et qu’on distinguât dans i’air un Irèsrléger 
nuage blanc, uniformément répandu. Nous pou- 
vons certifier que toutes les fols que la fumigation 
a été faite avec ces précautions, elle n’a jamais 
causé de toux ni la moindre sensation incommode , 
quoique nous eussions habituellement dans nos 
salles quelques maladies de poitrine. Un quarf 
d’heure après l’évaporation du gaz muriatique , les 
croisées étaient ouvertes , et de manière à établir 
des courans d’air , surtout «fans le sens de l’axe 
principal des, salles. Nous avons eu à lutter contre 
les préjugés que ce procédé désinfectant avait ins- 
pirés. Cette raison nous a fait surveiller nousmiême 
son emploi le plus souvent, et nous nous sommes 
lait remplacer quand nous n’avons pas pu assister à 
la fumi;^lion; en sorte que nogs sommes assuré de 
l’cxacliLude et de l’assiduité de son administration. 


T>’llAriTAL. 


- Nous avons eu aussi le plus souvent (ks cap- 
sules furaigatoires permanentes, tantôt répandues 
dans la totalité d’unè salle , tantôt placées autour 
d’un malade qui aurait pu devenir un foyer jlan- 
gereux d’infection pour les autres. Rien ne peut 
être plus sensible (jue les hetireux eflels cpie nous 
avons retirés de cette précaiitioni Etait-elle em- 
ployée avec soin , des malades exempts d’infeciioii 
pouvaient habiter Impunértieiit autour des pourri- 
tures énormes. Etait-elle négligée, la contagion 
se répandait ptompterrient dans les plaies du voi- 
sinage j en commençant toujours par celles qui 
étaient le plus près. A la faVeiir de ce procédé 
nous avons pu, à force de soins et de persévé- 
rance, réussir à saitver quelques membres, quil 
eut fallu sàCrifier sans cela , ne fùt-ce que pour la 
sûreté du reste des malades. Il nous a également 
préservé dés funestes Conséquences que ii’auralt 
pas manqué d’aVolr le séjour plus ou moins }>ro- 
longé des -malades trop gravement airectés pour 
que fiOui pussions entreprendre de les sauver. Eu 
tnort que la pourriture d’hôpital peut produire est 
toujours aSsèz lente j et rions avons souvent vu des 
agonies dé plusieurs jdurs prolônger les tour- 
mens des malheureux qu’elle faisait périr et les 
dangers de ceiix qui étaient exposés aux érnanations 
putrides, alors très-abûndautes et d’une fétidité 
insupportable. 

La certitude que nous avons acquise de la pro- 


/ 


^ rquniuTURE 

I)riele (ju^ont les miasmes contagieux de s’attacher 
aux Imges à pansement, à la charpie, aux étoffes 
a Ja peau, aux mstrumens de métal, nous a souvent 
lait desirer des précautions plus efficaces que celles 
que nous étions libre de prendre. i\ous sommes 
assure' que les procédés ordinaires du blanchissage 
ne suffisent pas pour désinfecter le linge , et qu’il 
est tres-dangereux à employer denouveau sans autre 
précaution, quand il a déjà servi pour des plaies 
entachées. Nous aurions souhaité qu’après avoir 
ete décrassé avec soin , il eût été mis à macérer 
dans de l’eau chargée d’acide muriatique. La char- 
pie ne devrait jamais être confectionnée par les 
malades ^ elle ne devrait pas séjourner dans les 
salles; elle ne devrait pas être confiée en grandes 
masses aux élèves, qui renferment le superflu 
dans leurs tabliers à pansement pour l’employer 
plus tard, et après qu’elle s’est chargée de miasmes;| 
quand une certaine quantité a déjà paru dans les 
salles , elle ne deyrait pas y être rapportée sans 
avoir été exposée au gaz muriatique ; dès que la 
pourriture parait dans unç salle de blessés , les 
élèves ne devraient plus appliquer un brin de 
charpie sur les plaies, sans l’avoir présenté au gou- 
lot d’un flacon gajtonien y dont les boîtes d’appa- 
reil devraient être garnies pour cet usage; on de- 
vrait faire déposer à l’hôpital l’habit que les 
élevés ont l’habitude de mettre pour faire les pan-r 
scmçns, et, après le service, ces vêtemens devraient 


d’uÔPITAL. 121 

^-tre désinfectés par la fumigation muriatique j 
enfin, les mains, les inslnimens devraient être 
lavés fréquemment avec l’acide muriatique étendu 
dans une assez grande quantité d’eau. Ces soins 
paraîtront minutieux; mais ils sont susceptibles 
d’une grande simplicité ; et s’ils doivent être utiles , 
que l’on réfléchisse au nombre incalculable de 
malheurs qu’ils peuvent prévenir! 


FIN. 


i 


■ I 


'tr: 


•v> > 


17 


. RAPPORT. 


la? 


vt •> 

J’i 


RAPPORT 


Fait à la première classe de V Institut royal de 
< France J sur un Méiiioire de M. Delpech J pro- 
fesseur à VÉcole de Médecine de Montpellier, 
^sUr la Gangrène humide , ou Pourriture dliô- 
pilai; par MM, Portai ci Deschamps. 


A/n sait que la gangrène est la mort absolue d’une 
partie du corps vivant : elle peut être divisée en 
gangrène humide , en, gangrène sèche , et en gan- 
grène , ou pourriture d’hôpital. 

Il n’j a pas d’apparence que la gangrène, on 
pourriture d’hôpital , soit une maladie nouvelle qui 
ne date que du dix-septième siècle. Cependant, 
aucun auteur ancien, autant que nos recherches 
aient pu s’étendre, n’en fait mention. On voit 
par les observations de Lamotte (i) qu’il en avait 
connaissance, puisqu’il parle de la gangrène de 
rHôtel-Dieu de Paris , qu’il ne fait que citer. Ce 
qui doit surprendre, c’est que les chirurgiens 
d’armées n’en font aucune mention dans leurs ou- 
vrages : Beloste même garde le silence sur cette 
matière. M. Larrey, dans son ouvrage de Chirur- 
gie militaire, ne fuit que l’indiquer (;j). Ce qui 


(1) Lamolte, t. III , p. ’jS , étliu i J22. 

(2) Larrey, t. 11, p. 228. 


riAPPORT. 


1 23 


doit le plus étonner encore, c’est que le célèbre 
Quesnay , dans son Traité ex professa sur la gan-. 
grène , n’en parle d’aucune manière. Il y a lieu 
de croire que celte maladie , particulière aux. hô- 
pitaux, a été confondue avec la gangrène humide 
ordinaire. 

Pouteau nous paraît le premier qui ait distingue 
cette gangrène de toutes les autres, dans uu 
savant Mémoire qui fait partie du troisième volume 
de ses Œuvres posthumes. Cet illustre chirurgien 
l’a observée avec beaucoup d’attention, et par les 
signes qu’il a su distinguer et qui la caractérisent 
particulièrement, il en a établi le diagnostic (i); 
et sans doute qu’il eut perfectionné son travail si 


(i) 11 y a plus de quarante-cinq ans que j’ai observé 
eeltc maladie à l’hôpital de la Charité de Pïiris. Les blessés 
qui occupaient les huit à dix lits attenant la' salle où étaient 
déposés les malades attaqués de fièvre adynamique et les 
moribonds , étaient presque constamment atteints de pour- 
riture d’hôpilalj mais elle avait peu de suite parla pré- 
caution de les en éloigner. Depuis près de AÛngt ans que 
cette salle a, changé de destination , nous u’en avous plus 
observé. 

Ce fut à peu près dans le même temps que M. Dussosoy, 
chirurgien è l’IIôtcl-Dieu de Lyon, donna une brochure 
sur celle matièrc'j et plus particulièrement destinée aux 
moyens curatifs. 

M. Boyer, dans l’ excellent Ouvrage qu’il vient de publier 
sur les maladies chirurgicales , a donné à ccltc matière toute 
l’étendue que pouvait permettre un traité général. 


/ 


124 ' rapport. 

les circonstances le lui eussent permis. Voici comme 
il s’exprime à ce sujet. 

« Persuade de 1 insuffisance de mes réflexions 
et de mes observations sur une maladie qui jusqu’à 
présent na occupé la plume de personne, autant 
que mes recherches ont pu me l’apprendre, qu’il 
me soit permis de prier les chirurgiens des grands 
hôpitaux de suppléer à ce que mon travail laisse 
de défectueux et d’erroné. Je ne suis plus à portée 
de réformer, au chevet des malades, les omissions 
et les erreurs qui ont dû m’échapper, et je 
n’ignore pas combien les premiers essais sur une 
matière qui demande les détails de la plus scru- 
puleuse, de la plus minutieuse observation, doi- 
vent de droit être soupçonnés d’imperfection, etc. » 
page 264. 

Les vœux de cet illustre praticren ont été par- 
faitement remplis par M. Delpech, professeur à 
l’Ecole de médecine de Montpellier. Depuis nombre 
d’années il s’occupait de celte maladie, et, mal- 
heureusement pour l’humanité, les occasions de- 
l’observer ont été tellement multipliées, qu’il a 
été à portée de faire un travail complet sur cette 
matière. C’est de ce travail dont la classe nous 
a chargés, M. Portai et moi, de lui rendre 
compte. 

• M. Delpech, dans son Avant-Propos , dit que 
les années 7, 8 et 9 (ère républicaine}, 1799, 


RAPPORT. 


125 

i3oo, i8o 7, époque à laquelle riiôpital militaire 
«le Toulouse, où il était employé, fut désolé par 
celte funeste contagion, les plus grands efforts 
furent faits inutilement. Tant qu’on ne s’écarta 
point des idées reçues, on ne put obtenir aucun 
résultat avantageux. Ainsi, les premières observa- 
tions de l’auteur datent de 1799» Ce ne fut que 
l’année dernière qu’il fut nommé professeur de 
clinique à l’hôpital de Montpellier, où des milliers 
de blessés attaqués de cette contagion furent suc* 
cesslvement entassés 5 ce qui le mit à portée d’étu- 
dier plus particulièrement cette maladie, d’en re- 
connaître les dlfférens caractères et ses moyens 
curatifs. 

Le Mémoire de M. Delpech est divisé en quatorze 
paragraphes. . 

Dans le premier, l’auteur établit les différences 
qui existent entre la gangrène proprement dite et 
la pourriture d’hôpital : celle-ci dépend constam- 
ment des causes extérieures. La gangrène ,- au 
contraire , dépend tour à tour des causes inhérentes 
à la constitution et deS;Causes étrangères à l’indi-“ 
vidu malade : dans l’une, la nature est active^ 
et dans la pourriture d’hôpildl c’est l’art qui est 
tout-puissant. J ' 'o 

Dans les paragraphes II , Ilf, IVj V,' VI, Fau- 
teur établit les différences entre les gangrènes hu- 
mides des hôpitaux; il en reconnaît trois espèces 
ou formes principales , l’espèce ulcéreuse , l’es- 


RAPPORT. 

-pèce pulpeuse : la troisième forme pimitive 
paraît être une variété de la précédente; il leur 
ajoute une quatrième forme de pourriture, ou 
plutôt un état morbifique bien moins important 
^ics surfaces suppurantes, dépendante des mêmes 
xauses. 

. Dans le VID et Ville, M. Delpech remarque 
qn’à moins de complications évidentes, les symp- 
tômes d’une affection générale marchent de con- 
cert avec la pourriture. Il observe l’époque à peu 
près où l’invasion a lieu , et en général les diffé- 
reos états que parcourt la maladie depuis son 
origine , ainsi que les symptômes généraux. Il 
fait le tableau effrayant de la maladie abandonné© 
à dle-même. On y voit, dans presque toutes les 
parties du corps, les membranes, les muscles, 
vaisseaux, les nerfs, les drtlcülations , dans un 
étîit de destruciioH; les os même ne sont pas à 
L’abri de l’altération. i 

, Le IX®. traite des causes de la maladie. Elles 
ne paraissent, point à l’auteur avoir' résidé dans 
les conditions J (1^ .1 atmosphère ; i car, quoique la 
maladie fut extrêmement commune chez les mi- 
litaires dontf tout le midi dé jà» France était sur- 
chargé, on ne l’a vue nulle part se déclarer spon^ 
tanémenr chez d’autTes blessés que ceux qui étaient 
entassés dans les hôpitaux.. Si elle a été observées 
dans les autres classes de la sociétéj le linge, la 
cliarpie,, même jes ilistriimens à pansemens, ainsi 


RAPPORT!. 


•que les Vêtemens, conBniuuiquaienl la contâ^ioni 
C’est dans cc paragraphe que rameur établit l’în-j 
fluence de lî^çontagioasur le typhus dont nombre 
de malades étaient atlaqués- 
. Le diagnostic est le sujet du X* paragraphe : 
l’im a pour objet la pourriture ulcéreuse, VaBtre 
la pourriture piflpeuse. On reconnaît ta ponrrilure 
^ ulcéreuse lorsque 1 q plaie s;’accrolt tous les jours, 
et dans toutes ses dimensions , sans un engorge- 
aient conâdérable des bords : les bourgeons cellu- 
leux ayant perdu la disposition .fcn^forme pour 
prendre la forme conique , celle pluie est très- 
suspecte de pourriture; que si, à cas circonstances 
se joignent l’odéur propre- de la suppuration; 
Wîtc douleur constante et quelquefois’ intolérable, 
les fonctions étant jusque-là intactes, il n’y a plus 
de doutes, de. 

Quant à la pourriture pulpeuse, dès les premiers 
temps, et lorsque Ja plaie est encore recouverte 
d’une fausse membrane mince, les douleurs vived 
dont la plaie est le siège, et la rougeur que les 
bords présentent, aucune cause connue ne pou- 
vant d’ailleurs expliquer de tels phénomèmes,' 
sont des raisons suffisantes pour la soupçonner, et 
l’on ne risque guère de se méprendre Iprsque ces 
symptômes se font remarquer dans un hôpital 
surchargé de malades, et surtout s’il existe déjà 
des pourritures dans le même lieu. Le diagnostic 
est bien plus aisé lorsque la plaie est recouverlè! 


^ RAPPORT. 

de la pulpe putrilagîneuse et qu’elle exhale Fodeut 
caractéristique, etc. 

,, La variété de. pourriture pulpeuse compliquée 
d extravasion sanguine dans la masse pulpeuse, 
pourrait eu imposer au premier coup-d’œil pour 
les suites d’une hémorragie ; mais d’abord l’odeur 
caractéristique- est plus marquée dans ce cas que 
dans tout autre. En second lieu , la maladie est 
accompagnée de douleurs intolérables, ce qui ne 
pt ut etre conçu dans la supposition d’une hémor- 
ragie précédente , etc. . 

_ Le ,XL paragraphe traite du pronostic. L’au- 
teur établit en general que la pourriture , livrée^ 
à elle-même, est une maladie des plus gratesj^ 
qu’elle peut cependant guérir spontanément, ou 
^)ien demeurer stationnaire et par conséquent être 
exempte de dangers, mais que le plus ordinaire- 
ment elle tend à. la destruction des parties qu’elle 
intéresse qu’enlin elle peut déterminer la perté 
d’un membre, ou compromettre la vie. 
i- Ees paragraphes XII , XIII et XIV sont réservés’ 
au traitement de cette funeste maladie. Le premier 
de ceux-ci a pour objet le traitement local. 

1 L’auteur avoué qu’avant d’être éclairé par line' 
longue expériehee et par des observations exactes/ 
il avait , suivant l’opinion reçue, regardé la pour- 
riture d’hôpiial comme le symptôme de laconstitu-» 
lion épidémique./ mais qu’une attention plus parti-^ 
culièrc , et' des occasions plus nombreuses d’obser- 


RAPPORT. 


129 

Ter, l’avaient tiré de celte erreur ; qu’ayant suivi 
celte maladie dans trois épidémies meurlrlcres , il 
avait puisé la conviction qu’elle était essenllelle- 
inent le résultat d’une conlaj'ion locale. C’est avant 
d’avoir acquis cette lonj^ue expérience, que l’auteur 
mit en usage, dans l’épidémie de Toulouse, diffé- 
rentes substances, différens topiques, tels que 
l’onguent égy ptiac, les acides citrique, sulfurique, 
muriatique, plus ou moins affaiblis, l’essence de 
térébenthine, etc. Parmi toutes ces substances, 
la poudre de charbon ne lui a paru avoir de 
succès que dans la pourriture ulcéreuse j mais il 
n’a jamais remarqué que ce topique ait eu des 
avantages dans la pourriture pulpeuse. Dans le cas 
même où la pourriture ulcéreuse procède par un 
ou plusieurs points Isolés , le charbon ne peut être 
rais en contact immédiat avec les chairs : alors la, 
fétidité diminue seulement, mais ne disparaît ja- 
mais compléten^ent ; on ne volt pas cesser la dou- 
leur, signe certain des progrès ultérieurs de la 
maladie : les ulcérations distinctes continuent à 
s’étendre. 

L’auteur, contre l’opinion reçue, n’a aucune 
conliance dans le quinquina qu’il a mis en usage 
dans l’épidémie de Toulouse. Il considère cette 
substance comme simplemÊnt tonique et non anti- 
putride. Bien persuadé, dit M. Delpech, que la 
pourriture d’hopllal n’est que le produit d’une ino- 
culation, nous avons pensé que le moyen le plus 

9 


RAPPORT. 


i3o 

sur d’en arrêter Jes progrès, serait celui qui détrui- 
rait la vie dans les parties qui recèlent lè contagium y 
et dans celles qui sont à la veille d’en éprouver 
l’action. 

En parlant des dlfTérentes substances imbibées 
d’essence de térébenthine, telles que la poudre de 
quinquina, et même la pâte de froment pendant 
l’acte de la fermentation, l’auteur observe que ce 
massif, et, comme il dit ailleurs, que cette maçon- 
nerie (pour nous servir de son expression , qu’il a 
soin de souligner), appliquée sur l’ulcère, s’atta- 
chant aux bords de l’ulcération , agit sur sa siiper- 
ficlej tandis que la couche pulrilaglneuse recélant 
le contagium, le système absorbant s’en empare , 
et les miasmes contagieux , qui ne peuvent alors 
être évaporés, le communiquent aux parties voisines, 
et ne cessent d’agir sur la surface même dont ils 
émanent : de-là, pour ainsi dire, une seconde 
inoculation. Cette remarque est de la plus grande 
conséquence; nous ne faisons que l’indiquer. C’est 
dans l’ouvrage même qu’on peut se pénétrer des 
observations et des réflexions de l’auteur. 

M. Delpech , après avoir passé en revue les dlt- 
férens caustiques et avoir observé leurs divers effets, 
donne, dans les cas graves où la pourriture fait 
des progrès rapides, une préférence décidée au 
cautère açtuel. On volt, dans ce paragraphe , l’au- 
teur poursuivre la pourriture avec le fer rt>uge 
jusque dans scs derniers retranchcuicus, même, 


rapport. 


i3i 

avec rinslriimcnt irauchant;, se frayer une roule 
clans les parties affectées et meme menacées, pour 
l’atteindre avec le feu. 

C’est dans le XIII' paragraphe que M. Del- 
pech s’occupe des moyens internes. Il considère 
les affections intérieures qui compliquent la pourri- 
ture Ü’hôpltal , dépendant plutôt de cette affection 
locale qui occaslone du trouble dans réconomle 
animale, que comme cause qui entretient la pour- 
riture. Il convient que les affections internes 
peuvent, par elles-mêmes, être une maladie on 
disposition à une mafadle indépendante de l’ul- 
cère, contre laquelle les moyens médicinaux in- 
ternes sont d’autant plus indiqués, que les sujets 
auraient été exposés à nombre de privations, de 
fatigues, et ayant le germe de maladies idiopa- 
thiques. Mais, en dernière analyse , l’opinion de 
l’auteur est que le traitement interne n'a aucune 
influence sur la gangrène ou pourriture d’hôpital. 

M. Delpech cite divers faits qui paraissent le 
prouver; mais comme cet habile chirurgien ne 
prouve pas que le traitement interne, adopté géné- 
ralement par tous les gens de l’art^ soit nuisible, 
nous croyons qu’avant d’adhérer pleinement à son 
opinion, elle doit être encore soumise aux obser- 
vations des praticiens, et que nous devons en at- 
tendre le résultat. Toutefois les observations de 
M. Delpech nous paraissent être de la plus grande 
importance. 


l3a tlAPPORT. 

Le paragraphe XIV® et dernier est consacré 
^ 1 hygiène. M. Delpech propose le déplacement 
des malades atteints de la pourriture, dans d’au- 
tres salles; ce qu’il ne lui avait pas été possible 
de faire, l’hôpital Saint-Eloi étant encombré de 
malheureux. 11 observe que chez les blessés près 
les fenêtres, ou exposés à un courant d’air, la 
pourriture avait une marche plus lente; qu’il en 
était ainsi lorsque les circonstances lui ont permis 
de les faire transporter dans une autre salle ; c’est- 
à-dire que dans l’un et l’autre cas la pourriture 
parcourait scs temps. D’ailleurs, en plaçant sépa- 
rément ces blessés alFeclés de pourriture , on 
écarte bien le danger qu’ils auraient fait courir aux 
blessures exemptes d’infection ; mais on ne fait 
rien d’avantageux pour celle qui est déjà entachée. 
M. Delpech désapprouve formellement le lavage des 
salles , qui lui a paru dangereux. Il observe qu’un 
grand nombre d’hommes souffrans et fébricitans 
échauffent beaucoup l’atmosphère : l’eau alors ne 
tarde pas à être évaporée. L’air réunit alors les 
deux conditions les plus propres à favoriser la 
décomposition des substances animales. De tous les 
moyens désinfectans , l’acide muriatique oxigéné 
lui paraît le plus efficace. Trois à quatre fois le 
jour, les croisées des salles étant fermées, on pro- 
menait lentement et à différentes reprises dans 1 é- 
tendue d’une même salle une capsule guy tonienne , 
et pendant le développement des gaz on avait 


RAfFORT. 


i33 

soin de saturer successivement l’atmosplière , 
en sorte qu’a près la fumigation l’odeur de gaz 
muriatique oxigéné lût à peine sensible, et qu’on 
distinguât dans l’air un très-léger nuage blanc. Les 
mêmes fumigatious ont eu lieu autour des ma- 
lades qui auraient pu donner un foyer dange- 
reux d’infection. Enfin les moindres détails de 
salubrité n’ont point échappé à M. Delpech : les 
linges, la charpie, les vêtemens , etc., étaient 
l’objet de son attention. La lessive simple ne le 
rassurait pas. Il pense que le moyen de détruire' 
la contagion dans 'ces substances, est de les faire 
macérer dans l’eau chargée d’acide muriatique , et 
de les déposer dans un lieu éloigné, et non dans 
les salles, où elles pourraient puiser la contagion. 

Tel est le compte que nous avions à rendre à 
la Classe de l’ouvrage de M. Delpech , ouvrage le 
plus étendu et le plus parfait que nous ayons 
sur la gangrène humide des hôpitaux. Ceux qui 
liront ce travail s’apercevront aisément que nous 
avons tronqué la majeure partie des observations 
et des réflexions de l’auteur j si nous eussions 
relate tout ce que ce Mémoire présente d'intéres- 
sant, notre rapport, déjà trop long, eût égale 
le volume de l’ouvrage. 

Sans doute, les opinions et les réflexions de 
M. Delpech éprouveront des contradictions. L’au- 
teur, avec tous les praticiens, reconnaît la pro- 
priete tonique du quinquina j mais en observant 


HAPPORT. 


i34 

que sa vertu antiputride ait été jusqu’à présent 
lin préjugé général , combien a-t-il fallu d’expé- 
riences mille et mille fois multipliées pour cons- 
tater son inutilité? Aura-t-on recours à de nouvelles 
expériences? De nouvelles expériences! mais qui 
pourra jamais se flatter d’avoir malheureusement 
de pareilles occasions d’examiner cette funeste ma- 
ladie, quand des milliers de malades atteints de 
la pourriture d’hôpital ont été observés la loupe 
à la main par ce savant professeur , aidé et en- 
touré de collaborateurs instruits, qui sur cette ma- 
tière ont partagé les travaux et les observations de 
l’auteur? 

Nous croyons que le travail de M. Delpech mé- 
rite les éloges de la classe, et qu’il doit être inséré 
dans le Recueil des Mémoires des savans étrangers. 
Le3i octobre. i8i4- . - 

m 

Signé, PoRTAL, Deschamps, rapporteurs. 

La classe approuve le rapport^ et en adopte les 
conclusions. 

Certifié conforme à l’original, le secrétaire per- 
pétuel j ^conseiller d’état, chevalier de U Légion 
d’honneur et de l’ordre de la Réunion. \i\ 

Signé, GtviER. 


De l’impr. de Cel'lot, rue des Grands - Au gusüns, n” g. 








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